Xavier Frison

« L'Île-de-France a une position de leadership sur le logiciel libre »

A l'occasion de l'Open world forum 2013 de Montrouge, rencontre avec l’un des acteurs majeurs du logiciel libre français, Stéfane Fermigier.

« Tu te prends des moments où tu codes pas, où tu fais un peu autre chose ? Non. » La discussion entre deux développeurs informatique donne le ton de l'Open world forum 2013. Organisé du 3 au 5 octobre 2013 au Beffroi de Montrouge (92), l'événement réunit la crème des acteurs du logiciel libre en Europe. Développeurs ravis d'échanger sur leurs pratiques, entrepreneurs, décideurs institutionnels et éditeurs, mais aussi le grand public adultes et enfants , attendu dans les travées du Beffroi samedi 5 octobre pour une journée à la découverte concrète des applications du « libre » dans notre vie quotidienne.  

Impliqué dans l'organisation de l'Open world forum depuis sa première édition, Stéfane Fermigier est un entrepreneur engagé dans le « libre » depuis 15 ans. Cofondateur de l'Aful et président du Groupe thématique logiciel libre (GTLL) au sein du Pôle de compétitivité Systematic de la Région Île-de-France. Celui qui est également vice-président du Conseil national du logiciel libre (CNLL) décrypte le principe du logiciel ouvert et son impact économique dans la région.

 

Stéfane Fermigier à l'Open world forum 2013
Qu'est-ce que le logiciel libre ?

S. F. : C'est un mouvement d'informaticiens né il y a 30 ans qui souhaitaient développer du logiciel et en faire profiter le plus grand nombre. Pour cela, ils ont édicté un certain nombre de principes qui consistent à partager l'utilisation du logiciel de manière libre mais aussi à le redistribuer et le modifier.

Cette notion de modification est la clé : on passe d'un système où des développeurs vont créer un logiciel à eux mais tout seul, à un système totalement collaboratif et distribué, où des communautés de plus en plus importantes vont se former pour travailler ensemble à l'amélioration des logiciels libres, comme par exemple Firefox, Open Office ou VLC Player.

Comment une économie peut-elle se développer autour de logiciels qui sont le plus souvent gratuits ?

S. F. : Il faut distinguer le logiciel libre grand public et le logiciel libre professionnel. Souvent, on a affaire à des modèles économiques où le logiciel lui-même est gratuit mais peut être couplé à de la publicité ou des services à valeur ajoutée payants.

Dans les logiciels professionnels, la différence se fera au niveau des services : les gens qui auront développé un logiciel libre feront payer aux entreprises un service d'accompagnement pour utiliser le logiciel de façon sécurisée et en toute confiance.

Sur le plan économique, que signifie le logiciel libre pour une région comme l'Île-de-France ?

S. F. : La France est considérée comme l'un des deux ou trois pays leaders au monde en termes d'adoption du logiciel libre, grâce à une politique publique incitative depuis le début des années 2000. Or, l'Île-de-France représente un tiers de l'écosystème du logiciel libre en France, peut-être même plus.

Il existe une centaine de sociétés spécialistes du logiciel libre dans la région, qui font plus de 50% de leur chiffre d'affaires autour du logiciel libre. L'Île-de-France accueille aussi un grand nombre d'établissements de recherche qui travaillent sur le logiciel libre. On peut dire qu'elle a une position de leadership mondial dans ce domaine.

Concernant l'emploi, il y a grosso modo 10.000 emplois directement liés au libre dans la région. Et, surtout, c'est un secteur en croissance de 30% par an. Chaque année, plusieurs milliers de Franciliens sont embauchés sur des profils spécifiques au logiciel libre.

Il manque beaucoup de développeurs dans le secteur...

S. F. : Absolument ! C'est un domaine où la demande est forte elle devrait le rester dans les 10 prochaines années et qui favorise l'emploi local, parce qu'avec le logiciel libre on fait revenir les compétences près du client. Et puis le libre, c'est intéressant en termes d'opportunités professionnelles mais aussi en tant qu'individu : on n'est pas juste dans le code ou la technique. Le libre c'est des communautés, des échanges, du partage, de l'innovation ouverte avec des gens qui inventent ensemble. C'est plus qu'un gagne-pain, c'est une aventure et une passion.

N'y a-t-il pas un risque de « fracture numérique » entre les initiés et les autres ?

S. F. : Le risque existe. C'est pour cela que la communauté du libre milite pour un enseignement de l'informatique à l'école. Du numérique, mais qui ne couvre pas uniquement les usages : il faut enseigner le fonctionnement d'un réseau informatique, la construction d'un logiciel et les bases de la programmation. Ensuite, sur ce terreau, il sera facile aux jeunes qui se découvrent un intérêt pour la science et la technique de se former pour devenir des professionnels du logiciel libre.

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Photos : XF

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Libérez-vous !

Ce samedi 5 octobre à l'Open world forum, c'est le jour du grand public : venez en famille découvrir ce que le logiciel libre sait faire pour vous ! Avec, pêle-mêle, un combat de robots sumos, un Solex connecté avec la carte Educaduino, un atelier sur les objets connectés qui vont révolutionner notre quotidien dans les 10 prochaines années, un père geek qui apprend à ses enfants à coder grâce à un robot Lego, etc.

Si vous venez avec votre ordinateur, vous pourrez aussi faire installer une distribution Linux en toute sécurité sur votre machine. À tester également, la première imprimante 3D francilienne, une application qui recense tous les lieux adaptés à la mobilité réduite ou encore une plateforme de comparaison des programmes politiques. Le point commun à toutes ces innovations : le logiciel libre, évidemment.

Détail : www.openworldforum.org/fr/schedule/3