La Haute Vallée de Chevreuse veut changer l’usage de la voiture

Renaud Charles
Territoire peu desservi par les transports en commun, le parc naturel de la Haute Vallée de Chevreuse s’est lancé dans la promotion de la voiture partagée.

Mise à jour : 07/10/16

Comment faire de la voiture individuelle un transport en commun ? La question est cruciale dans les zones rurales peu desservies où l’automobile constitue le principal mode de déplacement. Autopartage, covoiturage et même auto-stop, toutes ces solutions sont regardées de près par les parcs naturels (PNR) franciliens, parmi lesquels celui de la Haute Vallée de Chevreuse, situé à cheval entre l’Essonne et les Yvelines. « Plus de 100.000 personnes vivent en Vallée de Chevreuse, ce qui en fait l’un des parcs naturels les plus peuplés en France, décrit Julie Tisseront, chargée de mission éco-mobilité pour le PNR. L’idée, ce n’est évidemment pas d’inciter les habitants à abandonner leur voiture mais de les sensibiliser à d’autres pratiques que l’autosolisme. »

Exemple parmi d’autres, il est fréquent les jours de semaine que des bouchons se créent entre Saint-Rémy-lès-Chevreuses et Gif-sur-Yvette, passage obligé pour ceux qui se rendent travailler sur le plateau de Saclay, où se trouvent 10.000 entreprises. « Bien souvent, les conducteurs sont seuls à bord de leur véhicule. C’est pourquoi nous avons commencé de collaborer avec Ouihop’, une appli mobile qui permet de covoiturer sans avoir à effectuer de réservation au préalable. Il faut maintenant un peu de temps pour que la communauté se développe. »


L’auto-stop organisé

Pour ceux qui ne seraient pas adeptes du smartphone, une solution d’auto-stop organisé est disponible depuis le 9 avril dernier. Portée par l’association Pouces d’Yvelines soutenue par la Région, cette alternative aux transports en commun traditionnels s’appuie sur l’expérience de Rezo Pouce, un réseau opérationnel en Midi-Pyrénées depuis 2010 et qui couvre 140 communes. Comme pour l’auto-stop classique, conducteurs et passagers ne se donnent pas rendez-vous. Ce qui change en revanche, c’est qu’ils se font connaître en adhérant au service, l’objectif étant de vaincre les craintes liées à la pratique de l’auto-stop.

Lors de l’inscription, sur Internet via le site Pouces d’Yvelines ou en mairie, conducteurs et passagers doivent ainsi remplir une fiche d’information personnelle. Les premiers reçoivent ensuite un macaron à coller sur leur pare-brise, tandis que les seconds se voient remettre une pancarte pour indiquer leur destination. Des « arrêts sur le pouce », implantés à des endroits stratégiques, viennent compléter le dispositif. Le service est gratuit pour les utilisateurs. Seules les communes adhérentes versent une cotisation pour assurer le fonctionnement de l’association. À l’heure actuelle, elles sont au nombre de 13 : Marcq, Thoiry, Méré, Bazoches-sur-Guyonne, Boissy-sans-Avoir, Mareil-le-Guyon, Saint-Léger-en-Yvelines, Les Mesnuls, Émancé, Thiverval-Grignon, Villiers-le-Mahieu, Grosrouvre et Saint-Rémy-l’Honoré. 200 abonnés ont rejoint le service depuis son lancement.


Quand l’autopartage et covoiturage font la paire

Autre solution, celle que vient de déployer la Communauté de communes de la Haute Vallée de Chevreuse en partenariat avec la société MOPeasy, spécialiste de l’écomobilité, et qui s’appuie à la fois sur l’autopartage et le covoiturage. Une flotte de 10 véhicules électriques ainsi qu’un réseau d’une quinzaine de bornes de recharge sont mis à disposition dans 10 villages du parc. À l’image d’Autolib’, les véhicules sont réservables par le biais à la fois d’un site Internet et d’une appli dédiée. L’abonnement est de 4 euros par mois et la location peut aller d’une demi-heure à une journée. Le tarif pour la première heure est de 7 euros et de 45 euros à la journée. La particularité du dispositif est qu’il revêt également une dimension sociale puisque l’objectif est de rompre l’isolement des personnes âgées ou sans permis, sans moyens de se déplacer et qui pourront faire appel à un « Bureau des voyages » pour organiser leurs trajets et être mises en relation avec des chauffeurs bénévoles. Par ailleurs, il s’agit aussi d’offrir aux visiteurs du parc la possibilité de recharger leur véhicule.


Faire preuve de pédagogie  

Dans cette lutte contre l’autosolisme, la pédagogie joue un rôle crucial. « L’an dernier, nous avons organisé l’opération baptisée “7 jours sans voiture”. Nous avions sélectionné pour cela 32 participants volontaires qui ont pu tester d’autres modes de déplacement comme le covoiturage mais aussi le vélo électrique. Cela a tellement bien fonctionné qu’une dizaine de personnes ont continué d’aller au travail à vélo, dont une qui effectue pourtant 60 kilomètres aller/retour chaque jour mais qui assure mettre autant de temps qu’en voiture. L’objectif de l’opération consistait par ailleurs à montrer ce qui n’allait pas comme le manque de pistes cyclables sécurisées ou l’absence de lignes de bus entre les communes. Elle sera relancée à la rentrée prochaine. »

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