La rédaction

Hackathon : « la Région livre une montagne de données »

Aux côtés des 70 créatifs qui plancheront sur les données franciliennes ce week-end, 10 mentors dont la data-journaliste Karen Bastien. Interview.

Petite révolution du 22 au 24 mars à Paris : la Région, avec l'Institut d'aménagement et d'urbanisme et la Fonderie, va permettre à près de 70 personnes (urbanistes, architectes, graphistes, cartographes et programmeurs) de manipuler des données franciliennes. L’événement, le bien nommé Hack data week-end Île-de-France 2030 marque le 1er pas vers l’« open data régional » : d’ici l’été, la Région devrait mettre à disposition des citoyens un mine d’or chiffrée. Pour quoi faire ? Les équipes qui s’affronteront ce week-end en donneront un aperçu puisque leur défi pourrait se résumer ainsi : « Inventez des façons créatives de faire parler nos données. » 

Nous avons interrogé l’un des mentors qui les épaulent, Karen Bastien, cofondatrice de WeDoData. Pionnière dans la visualisation des données, elle a travaillé pour France Télévisions, Radio France et Libération, et tout récemment pour la Région à l’occasion de l’élaboration du Schéma d’aménagement Île-de-France 2030.

Quel est l’intérêt de libérer les données publiques ?

Karen Bastien : Aujourd’hui, ces données permettent surtout aux entreprises de créer des services innovants. À quelle heure arrive mon bus ? Reste-t-il des places dans ce parking ? Mais de nouveaux usages émergent. On peut s’en servir de façon journalistique, pour raconter la ville autrement, via des graphiques interactifs. Les citoyens, les journalistes, les associations peuvent éplucher ces données de façon innovante, pour faire émerger de nouvelles problématiques publiques, sur lesquelles on pourra agir. Los Angeles et Seattle ont libéré leurs statistiques sur les transports et la criminalité. Cela a permis de comprendre des phénomènes qu’on ignorait, à l’échelle des quartiers ou des rues, et sur le temps long. En France, on a une culture d’experts qui diffusent le savoir du haut vers le bas. L’open data bouscule cette habitude, c’est une bonne chose.

Pourquoi organiser ce marathon créatif ?

KB : L’Île-de-France souhaitait créer un événement pionnier, qui montre son envie. J’ai concouru à plusieurs hackathons. On dort peu, c’est une expérience fatigante. Mais c’est un endroit où se concentre énormément de créativité dans un moment très court. Nous espérons que de nouvelles idées émergeront. Par exemple, des prototypes de présentations interactives qui permettront d’imaginer l’aménagement de la métropole à l’horizon 2030. L’autre vertu du hackathon, c’est de rapprocher les citoyens qui s’intéressent aux données publiques. Avec l’idée de partage, d’interdisciplinarité, de co-création. Certains experts publics craignent que leur expertise soit déstabilisée, que les données soient lues de façon incomplète. C’est une excellente chose que ce petit monde se rencontre.

Les participants sont épaulés par treize mentors. Quel sera votre rôle ?

KB : Nous allons les aider lorsqu’ils bloqueront. Nous avons été confrontés aux mêmes problèmes qu’eux. J’espère que nous pourrons leur donner les clefs. La Région va confier aux participants une montagne de données : constructions neuves, chômage par structure d’âge, implantation des aéroports, du réseau routier, tourisme, logement, immobilier, activités professionnelles. Nous essaierons aussi d’éviter que, dans l’urgence, ils interprètent mal ces données.

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