Femmes battues : «Un logement, c’est le début d’une nouvelle vie»

La rédaction
La Région a renouvelé sa convention avec la Fédération nationale Solidarité femmes (FNSF), qui permet de reloger des femmes victimes de violences conjugales : l’objectif régional de mise à disposition de logements destinés à accueillir ces femmes est porté de 50 à 100 logements par an minimum.

Trois questions à Françoise Brié, porte-parole de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF).

Pourquoi la question du relogement est-elle primordiale dans le parcours d’une femme victime de violences ?
Françoise Brié : Le plus souvent, c’est dans le logement familial que s’exercent les violences conjugales. Quand les femmes arrivent à en partir, elles se retrouvent à la rue, avec leurs enfants. Nous les aidons en les hébergeant dans nos centres spécialisés, des lieux où elles peuvent se reconstruire, parler, faire reconnaître leur statut de victime, mais ce n’est pas assez. Parfois, la justice décide l’éviction du domicile du conjoint violent, car ce n’est pas à la femme victime de partir ! Mais ce n’est pas toujours possible. Pour des raisons de sécurité tout d’abord, car les décisions judiciaires d’éloignement ne sont pas toujours respectées par leur conjoint. Mais c’est aussi le souhait des femmes de quitter un lieu où elles ont subi des sévices. Et puis, bien sûr, se pose le problème économique de ne pas pouvoir se reloger seule avec des enfants. Après avoir été suivies et hébergées, ces femmes aspirent à retrouver une autonomie et, pour elles, avoir un logement, c’est le début d’une nouvelle vie.

Comment a débuté ce partenariat avec la Région Île-de-France ?
F. B. : En 2007, on s’est rendu compte que très peu de femmes sortaient de nos centres d’hébergement spécialisés, ce qui du coup créait un engorgement, et ne permettait pas de loger d’autres femmes en danger. Lors d’une conférence, nous avons recueilli des témoignages de femmes battues, et réalisé combien la question du logement était centrale dans le processus de reconstruction. Nous avons alors sollicité la Région, et signé en 2009 une convention pour permettre l’attribution chaque année de 50 logements pour aider ces femmes.

Que va permettre le renouvellement de cette convention ?
F. B. : En doublant le nombre de logements, nous fixons des objectifs plus ambitieux qui vont permettre de consolider le dispositif. Depuis 2011, ce sont près de 100 femmes et de 100 enfants qui ont ainsi été relogés en Île-de-France. Les associations de la fédération ont uniformisé les critères d’attribution de ces logements. Ce renouvellement pour cinq ans permettra également d’approfondir le travail avec les bailleurs sociaux, pour parfois éloigner des femmes en danger de leur ville ou de leur département, ce qui s’avère parfois nécessaire. Cette convention renouvelée est une reconnaissance du travail des associations pour protéger les femmes en danger, et surtout une reconnaissance des femmes victimes de violences. 

Plus d’infos : www.solidaritefemmes.org

À lire également : les propositions développées par Valérie Pécresse dans son entretien accordé à Elle

La réalité des violences conjugales en Île-de-France
Près de 11% des Franciliennes, soit 350.000, sont confrontées à des violences conjugales, contre 9% au niveau national.
3,4% des Franciliennes ont subi des agressions physiques au sein du couple, contre 2,5% à l’échelle nationale.
1 femme sur 4 en couple est victime de pressions psychologiques répétées en Île-de-France.
En 2012, 23 Franciliennes ont été victimes d’homicides au sein du couple

Photo : © Alain Bachellier/Flickr

Tags