Les données franciliennes livrent leurs secrets

Pierre Chapdelaine
En quelques mois, la Région Île-de-France est devenue un moteur du mouvement de l'open data. Décryptage et visite au cœur de ces données.

En mars 2013, un hackathon rassemblait des développeurs d’applications invités à cogiter et à créer à partir des données publiques du schéma d’aménagement Île-de-France 2030. Un exercice réservé aux professionnels qui annonçait un mouvement radical : l’engagement de la Région Île-de-France dans une démarche d’open data, c'est-à-dire d'ouverture des données publiques.

Depuis la mise en ligne du nouveau portail www.iledefrance.fr en juin 2013, c’est chose faite, avec une plateforme qui regroupe à la fois des jeux de données émanant du conseil régional et de ses organismes partenaires (dont l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France ou l’Agence des espaces verts), mais aussi celles d’autres acteurs publics (État, collectivités locales, entreprises publiques) ou de structures privées, comme Autolib, dès lors qu’elles ont une dimension régionale.

Une montée en puissance

Au moment de l’ouverture de ce nouveau site, plus de 220 jeux de données étaient mis à la disposition du grand public, dont 100 relevant directement du conseil régional. En avril 2014, le seuil des 400 jeux de données était déjà franchi.

On peut ainsi accéder à la liste des salles de cinéma franciliens et mesurer, en un clic, leur répartition sur le territoire ; voir où sont attribuées les aides régionales à l’équipement des lycéens au cours de l’année 2012/2013 ; identifier très précisément l’emplacement des salles de sport et les disciplines pratiquées (vous saurez ainsi que l’on peut jouer au badminton dans 145 gymnases dans le Val-d’Oise mais que seul le terrain de Deuil-la-Barre permet de le faire sur du sable) ; ou encore passer en revue les cantines des lycées pour savoir lesquelles offrent des repas bio, voir quelles communes franciliennes ont opté pour le zéro-phyto... Sans oublier les données budgétaires qui permettent de plonger dans les subventions et les aides publiques déployées par la Région Île-de-France.

Une plateforme ouverte

L’Institut d’aménagement et d’urbanisme a abondamment participé à la livraison de ces premières données régionales ouvertes au public. Avec un peu d’exercice, l’internaute observe l’évolution, commune par commune, du taux de logements vacants entre 1962 et 2009, connaît le réseau hydrologique linéaire en 2002, ou retrouve les espaces d’urbanisation prévus par le Schéma d’aménagement Île-de-France 2030. RATP, SNCF, Département des Hauts-de-Seine, La Poste, l’Agence des espaces verts… : la plateforme régionale accueille des jeux de données venus d’horizons multiples, et la liste n’en est qu’à ses débuts.

Croiser les données

En soi, ces données publiques constituent déjà une mine d’informations. Mais cette volonté de transparence va beaucoup plus loin. Journalistes, acteurs associatifs, chercheurs, militants politiques et citoyens de tous horizons peuvent « s’amuser » à croiser ces données, et voir si ces recoupements ont du sens. Qu’apprendrait-on en regroupant les chiffres de la fréquentation des musées en Île-de-France et ceux de la population scolarisée âgée de 18 à 24 ans dans chaque commune ? Quelles photographies obtiendrait-on en mixant les lieux d’implantation des stations Autolib et le trafic annuel entrant par station de la RATP, voire en superposant la carte des équipements sportifs dans un territoire donné et celle des zones franches urbaines ? Ne serait-il pas pertinent de fondre la carte des centres de formation des apprentis et celle du réseau de transports en commun ? En fait, les croisements peuvent se multiplier sans fin, aiguiser les consciences et les comportements citoyens, générer parfois quelques raccourcis douteux, ou susciter peut-être de belles vocations de statisticiens.

Le défi de la transparence

Pour la Région, ce défi de la transparence doit permettre aux Franciliens de mieux connaître, de mieux comprendre et de mieux évaluer les politiques publiques et de nouer un nouveau dialogue démocratique. Mais l’open data est aussi un outil destiné à stimuler l’économie, et notamment le secteur des industries créatives, particulièrement dynamique en Île-de-France. Il est aussi une aide précieuse à la décision, pour les élus locaux et les aménageurs. Et un levier pour imaginer la région de demain.

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Qu'est-ce que l’« ouverture » de jeux de données publiques ? Pourquoi la Région Île-de-France et d'autres collectivités s’engagent-elles dans cette démarche ?