Renaud Charles

Les cyclofficines, les infirmeries du vélo

Pneus crevés, freins usés, chaînes cassées, autant de bobos que les Cyclofficines de Paris, Ivry et Pantin apprennent à réparer pour faciliter l'usage du vélo en ville.

« Vous auriez les pièces pour réparer ma trottinette ? » Celui qui pose la question d’une voix chevrotante n’a plus vraiment l’âge d’être en culottes courtes. Mais à en croire la couleur rose de ladite trottinette, on en déduit qu’il n’en est pas l’utilisateur. Son interlocuteur, Dominique Carnot, qui anime l’un des ateliers coopératifs Cyclofficine dans le 20e à Paris, commence à ausculter l’objet. Quelques coups de vis plus tard, voilà la trottinette prête à retrouver l’asphalte. Est-ce là la vocation de Cyclofficine ? Venir en aide aux trottinettes mal en point ? Oui mais pas que.

Acquérir de la vélonomie

Il s’agit avant tout d’apprendre aux propriétaires de deux-roues – ceux qui mettent les guiboles à contribution, pas ceux à moteurs – à réparer leurs machines eux-mêmes en leur fournissant l’outillage nécessaire ainsi que l’assistance. « Nous sommes un atelier participatif d’autoréparation, résume Dominique. La majorité des gens qui entrent chez nous disent : “Je ne sais pas faire”. On leur répond : “Tu vas apprendre”. Dans 99% des cas, les vélos sont assez simples à réparer. Quand on vient chez nous, c’est pour acquérir non pas de l’autonomie mais de la vélonomie. »  

Ouvert en 2012 par une bande de potes, le premier atelier Cyclofficine a fait des petits depuis. Un autre s’est ouvert à Paris, toujours dans le 20e, et deux se sont installés en banlieue, à Pantin (93) et à Ivry-sur-Seine (94). « Nous sommes une dizaine de salariés en tout, indique Dominique. Mais ce sont les bénévoles qui sont le système nerveux central de l'association. »

L'entretien, un point clef de la sécurité à vélo

Parmi les diverses sources de revenus, il y a notamment les cotisations des quelque 4.000 adhérents. « La cotisation est de 15 euros par an. Elle permet de payer le loyer, les charges et l'assurance de l'atelier. Aujourd’hui, l’association est autogérée à 50%. Le reste provient des subventions que nous percevons mais aussi de plus en plus de prestations pour le compte notamment de la mairie de Paris. Cet été par exemple, nous allons animer chaque samedi un atelier sur les berges de Seine. L’objectif est de diffuser les bonnes pratiques pour entretenir soi-même son vélo. »

Car qui veut voyager loin ménage sa monture. « Le plus souvent, lorsque l’on parle de sécurité à vélo, on se focalise sur les casques et les gilets fluos alors que l’entretien est quelque chose de tout aussi important. Beaucoup de cyclistes roulent sur des vélos défaillants avec une chaîne ou des vitesses qui craquent, des freins mal serrés, et cela peut être source d’accidents. C’est pour cette raison que nous voulons développer les ateliers de rue, afin de toucher le plus large public et transmettre un savoir-faire. »

Photo : © Florence Joubert/Picturetank

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