Christophe Grand

Campus Condorcet : la grande bibliothèque a un dessin

Le plus important équipement universitaire d’Europe consacré aux sciences humaines ouvrira en 2018-2019. À quoi ressemblera-t-il ? Les grandes lignes avec Elizabeth de Portzamparc, son architecte.

À cheval entre Paris et Aubervilliers (93), le campus Condorcet s’annonce comme le plus important équipement universitaire consacré aux sciences humaines en Europe. Côté Aubervilliers, il regroupera notamment, sur 6,4 ha, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), l’École nationale des Chartes, Paris I, Paris VIII et l’Institut national des études démographiques (Ined). À quoi s'ajoutent des logements étudiants, des locaux sportifs et culturels, un pôle médico-social… En ce moment sont déposés les premiers permis de construire, pour un démarrage des travaux en 2016 et une livraison envisagée des bâtiments en 2018 et 2019.

Au centre de cet équipement de quelque 160.000 m² de planchers sera installée une médiathèque, ici dénommée « Grand équipement documentaire » ou GED (prononcer « gède »). L’agence d’architecture Elizabeth de Portzamparc a été désignée pour le réaliser.

« Ce projet, explique l’architecte, présente une certaine difficulté puisqu’il faut établir un dialogue dans un contexte où tout n’est pas choisi. Il s’agit d’un site vierge ; le GED doit être créateur de contexte, un équipement structurant, un cœur de quartier. »

Circulation des corps et des regards

Son projet prévoit deux corps de bâtiments, parallélépipèdes reliés entre eux par un volume plus discret qui accueille un forum intérieur central. La « faille » entre les deux volumes principaux est tout à la fois porte d’entrée du GED, hall distribuant le bâtiment, et voie de circulation piétonne puisque, de fait, cet immeuble est traversant. « J’ai voulu que le forum soit généreux, explique Elizabeth de Portzamparc. Il était plus petit dans le programme. Je crois que, dans un concours, le rôle de l’architecte n’est pas de seulement suivre le cahier des charges, mais d’amener des idées, pourvu que ça ne grève pas le budget. Dans le contexte actuel de crise, notre responsabilité à ce sujet est grande. »

La générosité est une notion prisée de l’architecte qui souhaite qu’elle caractérise également les espaces extérieurs, qu’il s’agisse du vaste parvis minéral, signal de l’entrée au Nord, ou du jardin public, au Sud. Tandis que ces espaces favorisent la déambulation, le recours généralisé au vitrage pour les murs rideaux permet la circulation des regards. Les fonctions du bâtiment se verront depuis l’extérieur, et les usagers profiteront de la lumière du jour, et de vues vers les espaces extérieurs qu’Elizabeth de Portzamparc a voulu « omniprésents. Quand on est longtemps confiné dans un espace de recherche, on a besoin de ça ».

Simplicité

Le GED et le campus Condorcet en chiffres
Le Grand équipement documentaire abritera 1.432 places assises et 1 million d’ouvrages sur 25.246 m² de surface de plancher. Coût du projet : 108 millions d’euros financés à 100% par la Région. Livraison : juin 2019.
L’ensemble du campus d’Aubervilliers représente 160.000 m² de planchers sur une surface de 6,4 ha.
Le site comprendra : des bâtiments pour les unités de recherche des membres fondateurs, ainsi que le siège de plusieurs d’entre eux ; le siège de l’établissement public campus Condorcet ; la bibliothèque ; l’hôtel à projets ; le centre de colloques ; la maison des chercheurs ; le faculty club ; un pôle associatif et culturel ; des locaux sportifs ; un pôle médico-social ; des espaces de restauration ; 450 logements étudiants.

Mais la générosité ne doit pas conduire à renoncer aux préoccupations économiques. L’architecte franco-brésilienne fait le choix de matériaux simples et éprouvés : dalles béton, panneaux sandwich industrialisés, persiennes métalliques d’entretien aisé. En outre, elle a une prédilection pour les solutions low-tech. Ainsi, le forum et sa couverture « en sheds » constituera une source de lumière pour l’ensemble du bâtiment, emmagasinera de la chaleur en hiver et participera à la ventilation en été.

Elizabeth de Portzamparc envisage l’avenir de son bâtiment sur le long terme et prévoit un éventuel agrandissement. L’aile ouest du bâtiment, en double hauteur, peut abriter une future extension. Il suffira d’ajouter un plancher intermédiaire pour doubler la surface. « Les architectes sont très souvent déçus par les extensions dont leurs bâtiments font l’objet, remarque-t-elle. Mais nous ne construisons pas juste pour les 10 prochaines années. » Pour se prémunir des regrets, elle anticipe le besoin.

Visuel et photo : © Agence Elizabeth de Portzamparc

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