L’apprentissage, ça marche : les acteurs du CFA Poissonnerie de Rungis témoignent

La rédaction
À deux pas du grand marché de produits frais, le CFA de la Poissonnerie forme ses apprentis à des métiers en tension, exigeants mais attractifs. Élèves et encadrants témoignent de leur expérience pour iledefrance.fr.

Imaginez un monde où l’emploi n’est pas un problème, où les salaires sont plutôt attractifs et dans lequel il faut aller à la pêche aux jeunes pour former les futurs salariés du secteur. Ce monde existe, c’est celui de la poissonnerie. L’apprentissage y joue un rôle déterminant pour des métiers qui s’apprennent tôt. Au Centre de formation d’apprentis (CFA) de la Poissonnerie de Rungis (94), on forme environ 70 apprentis par an, qui vont garnir les rangs des meilleurs établissements franciliens, ailleurs en France et dans le monde.
 

Séduire les apprentis

Le défi, dans ce monde singulier, c’est d’« aller chercher les apprentis », estime Éric Larguier, développeur de l’apprentissage du CFA de Rungis. « Nos métiers sont très peu connus, souvent dénigrés, ajoute-t-il. On se lève tôt et on travaille debout, comme dans n’importe quel métier du commerce, et dans le froid. Mais chaque métier a ses difficultés. » Le taux de rupture d’un contrat entre entreprise et apprenti reste tout de même assez élevé, autour de 18%. Mais rien qui effraie les entreprises en affaires avec le CFA, le plus souvent des TPE : « Ce n’est pas un frein et cela ne remet pas en cause les relations de confiance que nous avons pu tisser avec les entreprises, explique Éric Derennes, le directeur du CFA de la Poissonnerie de Rungis.

L’autre challenge, pour Éric Larguier, c’est de « faire connaître le métier ». Pour celui dont le rôle est d' « aller chercher les apprentis » et de faire le lien entre apprentis et entreprises, « il faut faire savoir qu’il y a une école pour se former à ces métiers et des diplômes. C’est un gros travail en amont, auprès des collèges, des lycées, des missions locales, dans le cadre des salons, etc. » Charge au développeur de l’apprentissage de pallier le défaut de connaissance des apprentis et de leurs prescripteurs sur le métier et de chasser les idées reçues.
 

CFA de la Poissonnerie
1, rue de la Rochelle
94569 Rungis

Site Internet : www.cfadelapoissonnerie.fr

Une formation sur mesure

Les idées reçues, Delphine Françoise les a évacuées depuis longtemps. Après avoir appris l’existence d’une formation entièrement dédiée à la poissonnerie – une rareté, elle décide de se lancer. Trois ans et demi plus tard et son Bac pro bientôt en poche, elle fait le point sur sa formation et son métier : « Au départ, c’est dur : on travaille dans le froid, l’humidité, on commence tôt. Mais c’est aussi un métier passionnant, avec une grosse partie commerciale, de contact avec la clientèle », explique la jeune fille, 22 ans tout juste.

Sur la formation, Delphine ne voit que des avantages : « On a des cours pratiques, deux labos pour travailler le poisson, une cuisine (éplucher puis faire des plats traiteur, gros atout). » Cerise sur l’écaille, deux formateurs issus du  Muséum d’histoire naturelle dévoilent tous les secrets de l’anatomie des poissons, leurs origines et leurs petits noms scientifiques. « Un atout supplémentaire pour nous devant un employeur », affirme Delphine qui a déjà travaillé aussi bien en grande surface que chez un petit artisan.
 

Du travail pour tout le monde

Trouver un poste ne devrait pas poser de problème : « Nous formons à des métiers en tension qui peinent à recruter », rappelle le directeur Éric Derennes. Delphine confirme : « Ceux qui ont arrêté au cours de notre formation, c’était pour reprendre l’affaire familiale ! » Côté salaires, le métier est également attractif : Delphine et ses camarades peuvent espérer gagner, sur un premier poste, de 1.500 à 1.800 euros net mensuels pour les titulaires d’un CAP, et de 1.800 à 2.000 euros avec le Bac.

Reste à lever le principal malentendu entre entreprises et apprentis, révélé par Éric Larguier :  « La question centrale va tourner autour de la motivation du jeune. L’entreprise s’attend à ce qu’il soit ultra-motivé dès le départ, alors que la motivation, cela se construit en marchant. » Dans un secteur où trouver une entreprise « n’est pas un problème », le défi des formateurs consiste donc à réussir le « mariage jeune-entreprise ». L’emploi peut témoigner que c’est déjà une affaire qui marche.

Photos : © William Dupuy/Picturetank

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