Excision : « Nous sensibilisons les personnes concernées et les professionnels »

Sociologue et directrice du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS), Isabelle Gillette-Faye fait le point sur l’excision en Île-de-France. Elle explique aussi comment sa Fondation lutte contre sa pratique avec l’aide de la Région.

L’Île-de-France est-elle très touchée par l’excision ?
Isabelle Gillette-Faye : Oui, c’est la première région concernée en France. L’essentiel des victimes sont à Pais et en Seine -Saint-Denis. En général, elles subissent des mutilations de type 2, c'est-à-dire l'ablation du clitoris et des petites lèvres, mais dans les maternités franciliennes les sages-femmes constatent aussi des infibulations, c’est-à-dire une suture ne laissant qu'une petite ouverture pour l'urine et les menstruations.

Comment l’excision est-elle pratiquée ici ?
I. G.-F. : En France et en particulier en Île-de-France, la prévention menée notamment par la protection maternelle et infantile a porté ses fruits... Du coup, l'âge où sont pratiquées les mutilations augmente. Dans le monde, 50% des femmes sont excisées avant 5 ans, en France, c'est plus souvent pratiqué à la pré-adolescence et à l'adolescence : les familles savent que c'est un acte pénalisé en France, ne le pratiquent pas, mais généralement ça se fait dans le cadre d'un voyage au pays d'origine dans l'optique d'un mariage forcé. Les conséquences physiques et psychologiques sont les mêmes quel que soit l'âge...

Que fait la Fédération GAMS pour combattre l’excision ?
I. G.-F. : Notre objectif est de sensibiliser les populations concernées, les adultes hommes et femmes dans les centres sociaux, les centres d'accueil..., ainsi que les adolescents et pré-adolescents. Mais, pour l'essentiel, nous formons les professionnels franciliens, comme les médecins de la PMI, à repérer les cas et agir en fonction en alertant les autorités administratives et judiciaires. Heureusement, en Île-de-France, la Brigade de protection des mineurs accueille aussi les victimes, et a compétence en petite couronne. C'est souvent l'occasion de parler avec les familles et de leur faire comprendre qu'on agit pour garantir l'intégrité physique de leur fille. Nous formons également des travailleurs sociaux, des conseillers d'éducations, des assistantes sociales scolaires et des chefs d'établissement, au collège et au lycée, pour qu’ils détectent et sensibilisent les générations actuelles et futures.

Vos actions sont-elles efficaces ?
I. G.-F. : La situation s'améliore lentement, même si 30% des enfants issues des populations concernées sont menacées... On sera soulagés quand on aura laissé l'excision 2-3 générations derrière nous. Les familles vivant en France sont souvent récalcitrantes, mais la pression sociale et traditionnelle et très forte, et c'est souvent la famille restée au pays qui décide.

À quoi l’aide de la Région vous a-t-elle servi ?
I. G.-F. : L'aide de la Région nous a permis de développer nos outils et notre newsletter mensuelle, qui aborde toutes les thématiques de nos formations en Île-de-France. Au bout de deux ans, nous avons 3.000 abonnés. Nous avons aussi pu créer le Livre d'images universel de la naissance, à destination des adultes en voie d'alphabétisation, pour faire bouger les choses. Ces projets n'auraient pas pu voir le jour sans le soutien de la Région.

Plus d'infos sur federationgams.org