À Montmartre, sur les traces des impressionnistes

La rédaction
Le quartier de Paris que les touristes du monde entier chérissent garde le souvenir du village qu’il fut longtemps. Y déambuler dans les pas des Manet, Corot ou Van Gogh, c’est revivre ses heures les plus mythiques…

Avec Jean-Manuel Gabert pour guide...

Montmartre et le quartier voisin des Batignolles ont une longue histoire en dehors de Paris. Ils sont rattachés à la ville dans la seconde moitié du XIXe siècle mais, à la veille du XXe, il y règne encore une atmosphère de village. C’est le monde d’un petit peuple ouvrier où subsistent des fermes, à mille lieues, quant à l’ambiance, du Paris haussmannien. On surnomme d’ailleurs « Petits boulevards » ceux de Clichy et de Rochechouart qui relient Montmartre aux Batignolles.

Au pied de la butte, le quartier de Pigalle est déjà fameux chez les noceurs. Nous sommes le long du mur des Fermiers généraux de Paris. Jusqu’en 1861, les marchandises entrant dans la capitale y sont soumises à l’octroi et beaucoup de grands cabarets sont installés hors la ville pour échapper à la fiscalité. Un peu plus haut, vers le nord, la pente sévère n’a pas favorisé l’urbanisation et on s’y sent encore à la campagne. De vastes jardins subsistent, dans lesquels s’établissent des bals. Sur la crête enfin se succèdent les moulins – on en comptera jusqu’à 13. Désœuvrés lorsque le vent n’est pas de la partie, les meuniers ouvrent parfois une auberge. Attirés par le panorama et le grand air, les visiteurs du dimanche s’y font servir des galettes de farine maison.

Quel cirque

Côté parisien, le quartier qui jouxte Pigalle est animé par une vie culturelle intense. Ce qui est actuellement le 9e  arrondissement s’est urbanisé à partir du début du XIXe. Puisque les ordres classiques guident le crayon des architectes de ce temps, le quartier est dénommé Nouvelle Athènes. Célèbres de leur vivant, les peintres Jean-Jacques Henner ou Pierre Puvis de Chavannes, par exemple, y ont leur atelier. Après la guerre de 1870, le groupe des Batignolles les rejoint. Ces peintres d’avant-garde réunis autour d’Édouard Manet abandonnent le café Guerbois de la grande rue des Batignolles (actuelle avenue de Clichy) où ils avaient leurs habitudes, pour s’établir à Pigalle. Au café de la Nouvelle Athènes (aujourd’hui remplacé par une épicerie bio : on s’y empoisonnait à l’absinthe, on peut s’y étouffer avec du boulgour…), se retrouvent désormais ceux que l’on regroupera sous l’étiquette d’impressionnistes. Ici se tiennent des discussions où le dandy Manet et un Cézanne dépenaillé pouvaient croiser le fer. Le quartier grouille d’une population interlope qui se loge à bon compte et se sent à son aise dans ce milieu impécunieux et bohème.

De temps à autre, un rugissement répond à quelque barrissement… Juste à côté est basé le cirque Medrano, avec sa faune étrange qui fournit aux artistes des sujets. Autour du bassin voisin se tient chaque jour un marché aux modèles parmi lesquels se comptent beaucoup d’Italiens. Agostina Segatori y est peut-être passée avant d’ouvrir son cabaret, Le Tambourin, boulevard de Clichy. Elle reste un modèle célèbre pour avoir posé pour Édouard Manet, Jean-Baptiste Corot puis Vincent Van Gogh avec qui elle a, au printemps 1887, une relation amoureuse. Elle expose dans son établissement les œuvres du Hollandais qui vit chez son frère Théo, rue Lepic. Car, dans le quartier, les artistes montrent leur travail aux murs des cafés. Il y a aussi des expositions dans les salles de spectacle ou les théâtres.

Rue en escalier

Comme celui d’André Antoine, le Théâtre Libre, qui accueille les auteurs refusés ailleurs. Il se trouvait dans la rue qui porte maintenant le nom du metteur en scène, voie typiquement montmartroise, serpentine et finissant en escalier. En partie haute se trouve le petit immeuble à fronton Directoire où Georges Seurat (1859-1891), inventeur du pointillisme, installe son atelier vers la fin de sa courte vie. Une volée de marches plus haut se trouve la rue des Abbesses, ainsi nommée en souvenir des locataires de l’abbaye royale de Montmartre. Du XIIe siècle à la Révolution, ces religieuses administrent Montmartre, contrôlant jusqu’à la fiscalité et la justice.

Si l’on chemine en ligne droite vers le haut de la butte, et qu’on emprunte la rue Cortot à droite, on tombe sur le Musée de Montmartre. Il est logé dans la maison du Bel Air, charmante campagne du XVIIe siècle. Comme Renoir, qui peignit dans le jardin la célèbre Balançoire, Suzanne Valadon eut ici son atelier. Deux années de travaux viennent de s’achever. Dans des locaux, augmentés de l’hôtel Demarne, contigu, sont exposés de nombreux témoignages – tableaux, dessins, photos – de la vie artistique de Montmartre. Le choix de la visite guidée offre le privilège de traverser la vigne de Montmartre pour gagner, via la rue de l’Abreuvoir, le château des Brouillards. C’est par miracle que cette folie construite au XVIIe par un avocat au Parlement de Paris est toujours debout. Vers 1850, la demeure est abandonnée et ses communs qui menacent ruine sont rasés. À leur place va s’improviser le « maquis de Montmartre ». Un monde bigarré d’artistes désargentés et de marginaux s’installe dans des cabanes de planches et de torchis. Dans un pavillon plus reluisant, Renoir installe sa famille. Ce quartier sera bouleversé et assaini en 1910 lorsqu’on percera la très chic avenue de la Tempête, aujourd’hui connue sous le nom d’avenue Junot. Mais c’est une autre histoire.

De l’Île-de-France à la Normandie, des impressions inoubliables
Montmartre n’est qu’une des portes d’entrée possibles pour partir sur les traces des impressionnistes. Leur port d’attache était Paris mais les peintres sont allés trouver l’inspiration à Barbizon (77) ou à Chatou (78), à Auvers-sur-Oise (95) ou en forêt de Fontainebleau (77). Ils se sont également entichés de la lumière de Normandie qu’ils ont beaucoup fréquentée, en ont reproduit monuments et paysages. L’empreinte qu’ils ont laissée est telle que les régions Haute Normandie et Basse Normandie, associées à l’Île-de-France, viennent d’obtenir de l’État la reconnaissance comme marque touristique mondiale de la «Destination impressionnisme : Paris Île-de-France/Normandie ». Ainsi, la thématique de l’impressionnisme, dont sont très friands les visiteurs asiatiques, va faire l’objet d’une communication renforcée.

Plus d'infos sur notre site et sur ww.visitparisregion.com

Tableau : Montmartre, la maison de Suzanne Valadon © Maximilien Luce, 1895

Photos : © Région Île-de-France

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À visiter tout près...
Le cimetière de Montmartre

Son vrai nom est cimetière du Nord et il a été inauguré en 1825. Il s’étend sur 11 hectares, à l’emplacement d’anciennes carrières de gypse qui fournissaient Paris en plâtre pour la construction. Comme tous les cimetières anciens, il est joli. Comme dans tous les cimetières parisiens, les pensionnaires illustres sont nombreux. À l’initiative de la Ville de Paris, une étude est engagée qui devrait aboutir à son classement.

 

Où se restaurer ?
Au café de la Halle Saint-Pierre

© Halle Saint-Pierre

Les lieux où manger ne manquent pas à Montmartre mais pour un déjeuner léger ou un en-cas à l’heure du thé, le café de la Halle Saint-Pierre constitue une halte agréable. On y sert des tartes salées, des tortillas ou des soupes, des pâtisseries, et un vrai chocolat chaud. La Halle est un musée consacré à l’art brut qui abrite également une librairie spécialisée.

Ouvert de 11h à 18h.

www.hallesaintpierre.org

 

Que rapporter ?

Une bouteille de Clos Montmartre

En 1934, une petite vigne est plantée au coin de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent. On y trouve alors divers cépages venus des différentes régions viticoles françaises. Depuis quelques années, on privilégie le gamay et le pinot noir lorsqu’il faut remplacer des pieds. On vinifie bon an mal an 800 litres de breuvage dans les caves de la mairie du 18e. À 50 euros les 50 cl, l’ivresse n’est pas donnée mais ce produit « made in Paris » est rare et son négoce finance de justes causes puisque le produit de la vente va à des œuvres sociales.

Les bouteilles sont vendues au syndicat d’initiative de Montmartre, place du Tertre, où l’on peut également prendre langue avec Jean-Manuel Gabert, guide-conférencier qui détient une clef ouvrant la porte de la vigne de Montmartre.

 

Un boa en plumes

Quand on a besoin, au pied levé, d’un boa en plumes, on ne pense pas toujours au marché Saint-Pierre et aux boutiques environnantes. Ici est proposé un choix immense de tissus à prix doux, d’articles de mercerie… et de boas de toutes les couleurs.

Dans les rues situées autour de la place Saint-Pierre.