Milly-la-Forêt, l’empreinte de Jean Cocteau

Pierre Chapdelaine
Partout, Milly-la-Forêt rend hommage au poète. Cette commune de l’Essonne, qui mérite plus qu’un détour, abrite la maison de Jean-Cocteau, que l'on peut visiter.

Un peu d’histoire

Selon Dom Guillaume Morin, historiographe du Gâtinais, Milly (91) aurait été fondé en 285 avant Jésus-Christ. Le village a même abrité un camp romain. Domaine royal français sous Charles Martel, Milly devient domaine seigneurial vers 860, lorsque la province du Gâtinais passe sous la tutelle du comte d’Anjou. Terre de chasse du roi Philippe Le Hardi, la ville est pillée par les Anglais en 1356.

Au XVe siècle, Milly retrouve une place stratégique, sous l’impulsion de Louis Malet de Graville. Le château est reconstruit, des fortifications sont érigées tout autour de la cité. Une halle est construite en 1479. Le commerce prospère, notamment grâce à la communauté juive, mais aussi du fait de l’emplacement stratégique de Milly sur l’axe Paris Lyon. Lorsque Louis XIV choisit de faire passer cette route par Fontainebleau (77), Milly perd de son élan. En 1910, l’arrivée du tramway, qui relie la ville à Melun (77), est une nouvelle opportunité. Mais la ligne est abandonnée en 1938.

Parmi ses illustres habitants, le poète-cinéaste-écrivain Jean Cocteau et le grand couturier Christian Dior rappellent que Milly-la-Forêt a été un haut lieu de villégiature pour les artistes franciliens. Et un berceau pour les belles lettres : c’est ici qu’a grandi Jean-Marie Gustave Le Clézio.

Un peu de géographie

Au cœur du Parc naturel régional du Gâtinais français (77 et 91), Milly-la-Forêt se trouve à 52 km au sud-est de Paris, dans l’Essonne. À la frontière de la Seine-et-Marne, son territoire, couvert à plus de 90% par des espaces agricoles, naturels et forestiers, annonce la forêt de Fontainebleau, toute proche. La commune est traversée par l’EÉole, une rivière qui parcourt quelque 27 km avant de se jeter dans la Seine à Ponthierry (77).

Au carrefour de nombreuses voies routières – RD 948 qui la relie à Corbeil-Essonnes (91), RD 837 qui permet de rejoindre Étampes (91), RD 409 qui file à l’est vers Fontainebleau… –, Milly-la-Forêt est à 7 km de l’autoroute  A6 et à 6 km de la ligne D du RER, la gare la plus proche étant celle de Maisse (91).

À voir toute l’année

La Maison Jean-Cocteau. « C’est la maison qui m’attendait. J’en habite le refuge, loin des sonnettes du Palais-Royal. Elle me donne l’exemple de l’absurde entêtement magnifique des végétaux. J’y retrouve les souvenirs de campagnes anciennes où je rêvais de Paris comme je rêvais plus tard, à Paris, de prendre la fuite. L’eau des douves et le soleil peignent sur les parois de ma chambre leurs faux marbres mobiles. Le printemps jubile partout. » L’âme de Cocteau transparait au fil des quelque 500 dessins, sculptures, lettres, affiches, manuscrits et photos, rassemblés dans la maison-musée, écrin niché au cœur de cette petite ville médiévale du Gâtinais.

Le visiteur franchit la porte comme on traverse un miroir, et, comme par enchantement, croise Coco Chanel, Marcel Proust, Erik Satie ou Joséphine Baker. Le visage de l’artiste apparaît, peint par Marie Laurencin, Picasso, Man Ray, Warhol… Au loin résonne la voix de Cocteau, narrateur des Enfants terribles.

Extrait des Enfants terribles, de Jean-Pierre Melville (narrateur : Jean Cocteau)

La Chapelle Saint-Blaise-des-Simples. C’est en 1959 que Jean Cocteau est invité à décorer les murs de la Chapelle Saint-Blaise. Il puise son inspiration dans une longue tradition de Milly-la-Forêt, les plantes médicinales. Au XIIe siècle, les lépreux invoquaient ici saint Blaise le Guérisseur. Aux abords de la chapelle, la culture de simples permettait de soulager les souffrances des malades. La chapelle est l’unique vestige de cette léproserie qui fut en activité jusqu’au XVIe siècle. Les autres bâtiments furent détruits au XVIIIe siècle.

Laissée à l’abandon, entourée de fleurs et de menthe poivrée, elle renaît sous la plume de Cocteau qui peint les murs et réalise les vitraux. Il repose ici, sous une dalle qui porte cette inscription : « Je reste avec vous. »
http://www.chapelle-saint-blaise.org/

Le Conservatoire national des plantes médicinales. À  deux pas de la Chapelle Saint-Blaise se trouve le Conservatoire national des plantes à parfum, médicinales, aromatiques et industrielles. Créé en 1987, il établit une passerelle entre les plantes sauvages et les plantes cultivées et couvre aujourd’hui 4 hectares. S’y côtoient 1.500 espèces, sélectionnées pour leur intérêt pharmacologique, aromatique, botanique ou pédagogique. Lavandes, menthes (150 espèces…), basilics, origans, sauges et angéliques sont les plus connues. Mais le Conservatoire, qui est aussi un lieu de recherches scientifiques, est un espace de préservation de plantes plus rares, voire menacées, comme le pied-de-chat, l’œillet superbe ou l’immortelle des sables.
http://www.cnpmai.net/

À rapporter

Une bouteille de liqueur de menthe poivrée « Saveurs Paris Île-de-France ». Parmi toutes les plantes aromatiques qui ont fait la renommée de Milly-la-Forêt, une symbolise vraiment la ville : la menthe poivrée. À tel point que la commune a obtenu le titre de « Site remarquable du goût » grâce à elle. En 1950, sa culture se répartissait entre plus de 150 producteurs. Il n’en reste plus qu’un… 

À Oncy-sur-École (91), à la ferme du Clos d’Artois, Catherine Bosc-Bierne perpétue cette tradition. Elle a racheté une distillerie qui lui permet désormais de préparer sirops et liqueurs. Sa boutique, L’herbier de Milly-la-Forêt, permet de retrouver sa gamme de produits réalisés à partir de la menthe, des bonbons aux infusions. Sa liqueur de menthe bénéficie de la marque « Saveurs Paris Île-de-France ».
 

Les œuvres de Cocteau publiées aux éditions Gallimard. Peintre, cinéaste, dessinateur, Jean Cocteau est aussi un auteur majeur du XXe siècle, explorant tous les genres littéraires, du poème au roman en passant par le théâtre. Ses œuvres complètes ont été rassemblées par la prestigieuse collection La Pléiade, présentées dans la boutique de la Maison-Cocteau. Le lecteur découvrira ses Poèmes à Jean Marais, Les Enfants terribles, La Fin du Potomak, ou encore Parade, pièce donnée au Châtelet en 1917, avec des décors signés Picasso et une musique d’Erik Satie.

À voir aussi dans les environs

Le Cyclop. Œuvre monumentale de 22 m de haut, cette construction de métal et de béton, recouverte de miroirs, trône dans le Bois des pauvres, près de Milly-la-Forêt. Conçue par Jean Tinguely, cette sculpture est en fait une œuvre collective, commencée en 1969 et achevée 25 ans plus tard. Une quinzaine d’artistes ont participé à ce projet fou, dont Niki de Saint Phalle, Arman, Sotto, César…
 http://www.lecyclop.com/

La miellerie du Gâtinais.  Située à 9 km de Milly-la-Forêt, à Boutigny-sur-Essonne (91),  cette entreprise apicole est à la tête de plusieurs centaines de riches, et reçoit chaque année des centaines de groupes pour les sensibiliser au rôle des abeilles. Elle peut même organiser des formations à l’apiculture. Son engagement en faveur du développement durable essaime loin de sa terre du Gâtinais : la miellerie est en effet engagée dans un programme en faveur de l’apiculture rationnelle sur l’île de Socotra, au sud du Yémen.
http://www.mielleriedugatinais.fr/topic/index.html

Le château de Courances. À 4 km de Milly-la-Forêt, le château de Courances (91) est le lieu rêvé pour les amateurs de beaux jardins. Ouvert du 1er week-end d’avril à la Toussaint, ce domaine permet d’explorer cinq siècles de l’art du jardin.  http://www.courances.net/

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Infos pratiques

Hébergement

Vous cherchez une chambre d’hôte, un gîte, un hôtel… Le Parc naturel régional du Gâtinais français met à votre disposition sur son site Internet un moteur de recherche.

Transports

En voiture, Milly-la-Forêt est située à 60 km au sud de Paris. Sur l’autoroute A6, sortie N°13.

En train, La gare SNCF (RER D) la plus proche est celle de Maisse, à 6 km de Milly. Pour s’y rendre depuis Paris, compter environ 1h15.

Contacts

Office de tourisme : 01.4.98.83.17 ; officetourismemillylaforetatwanadoo [dot] fr