« Le Prix littéraire des lycéens, un moment à part » pour l'écrivain Émilie de Turckheim

La rédaction
Lauréate du Prix littéraire des lycéens 2016-2017, l'auteure de « Popcorn Melody » était présente à la Région pour le lancement de l’édition 2017-2018. L'occasion de témoigner de son expérience face aux enseignants, libraires et bibliothécaires.

« Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça s’est bien passé. J’ai fait des rencontres dans des universités, quand on écrit on est tout le temps dans cette situation de s’adresser à un public, et là ça ne ressemblait à rien de toutes ces rencontres. Les enseignants étaient souvent ceux qui appréhendaient le plus. J’ai eu un grand nombre de mails et d’appels de profs, pour m’expliquer : « la lecture, c’est très compliqué », « rapprocher ces jeunes des livres, c’est un travail de chaque jour qui échoue souvent »... Mais ça a été systématiquement génial. J’ai passé mon année avec des lycéens de toutes sortes. La question de savoir dans quelle section ils étudiaient a été tout de suite abolie : j’arrivais tout à fait neutre, sans savoir qui étaient les bons ou les mauvais élèves. C’était vraiment un moment  à part, afin qu’ils se rendent compte qu’un livre est écrit par un être humain, vivant aujourd’hui, conscient de ce que ça veut dire d’être un ado de 16-17 ans en 2017, et pas cette chose poussiéreuse rangée dans une bibliothèque et écrite par un brontosaure antique. Qu’un livre, c’est charnel, c’est vivant !

 

« Ce n’est pas  “agréable” la lecture, ce n’est pas “sympa”, c’est juste que vous allez crever si vous ne lisez pas ! »

Ils étaient très curieux de savoir pourquoi on écrit. J’ai voulu partager quelque chose de personnel, car, en général, les écrivains expliquent qu’ils sont tombés amoureux des livres quand ils avaient 2 ans. Ce n’est pas du tout, du tout mon cas : j’ai eu toutes les difficultés du monde à lire quand j’étais petite, je sais ce que c’est de trouver insurmontable la lecture d’un livre. Donc je leur ai dit : « Ce n’est pas agréable la lecture, ce n’est pas sympa, c’est juste que vous allez crever si vous ne lisez pas ! C’est aussi important que ça. Lire, ce n’est pas seulement intéressant, pour apprendre des choses. Lire, c’est beaucoup plus émouvant que ça, beaucoup plus grand, beaucoup plus triste, beaucoup plus violent. Ça fait 5.000 ans que l’Histoire de notre humanité s’écrit dans les livres. Si vous êtes déçu de ce que vous avez lu, dans dix ans vous m’appelez, et je vous rembourse tous les livres que vous avez achetés. Mais ça ne va rien me coûter, car il n’y aura pas plus grand que la lecture. »

J’ai eu la chance de faire des ateliers d’écriture de poèmes avec les lycéens : il s’est passé des choses formidables, leurs textes étaient absolument dingues ! Je leur ai expliqué qu’écrire, ça n’avait rien à voir avec être bon en français ou avoir un lexique très large, c’est juste une expérience d’expression personnelle, comme la danse ou la peinture. Le résultat a été absolument bouleversant, on n’en revenait pas avec les profs de français de tout ce que ces jeunes osaient écrire : certains ont slamé, chanté ou lu, d’abord tout timidement puis en se lançant devant leurs camarades.

 

« Ces moments où j’ai eu les larmes aux yeux »

J’ai toujours beaucoup écouté de rap, et j’ai découvert que c’était vraiment un très bon point d’accroche avec les lycéens, qui ont un rapport au texte souvent associé à la musique. C’est une voie d’accès à l’écriture plus vivante que l’explication de texte du roman, qu’ils avaient aussi travaillé avec leurs professeurs. Sur la forme, je demandais à chaque fois qu’on installe les tables en rond, pour être tous ensemble à la même hauteur, dans le même cercle.

Je me sens très chanceuse d’avoir participé au Prix littéraire des lycéens, car l’écriture est un travail très solitaire, et quand on rencontre des gens on ne parle que de soi et de ce qu’on écrit. Cette expérience avec les jeunes a permis cette liberté : ne pas s’en tenir qu’au texte, ancrer l’écriture et la lecture dans l’humain… C’est ce que j’en retiendrai : la bonne volonté et la bienveillance des élèves, et ces moments où j’ai eu les larmes aux yeux. Si vous avez encore des inquiétudes, n’en ayez plus, et sachez que vous allez passer des moments époustouflants. »

 

Témoignage de Tess Mancuso, 16 ans, lycéenne en 1re L au lycée Van-Gogh d’Aubergenville (78) 

« Le Prix littéraire des lycéens est une expérience très enrichissante : nous avons beaucoup travaillé en groupe, c’était très intéressant de confronter nos points de vue entre élèves. J’ai aimé le débat au moment du vote, quand les discussions peuvent faire bouger certains camarades de leurs positions. Mon livre préféré de la sélection est Popcorn Melody, d’Émilie de Turckheim, dont j’ai aimé la façon d’écrire et d’être, puisque nous avons rencontré chaque auteur.

Photos : © Région Île-de-France

Dossier

Chaque année, la Région Île-de-France organise, avec la Maison des écrivains et de la littérature, le Prix littéraire des lycéens, des apprentis et de la formation professionnelle.

La Région entend favoriser l’émergence de nouveaux talents, y compris au lycée, et soutient les pratiques artistiques sur l’ensemble de son territoire…