3 mai 2019

Discours inaugural de la Biennale d’architecture et de paysage de la Région Ile-de-France

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Crédit photo : Région Île-de-France

Madame Valérie Pécresse

Présidente de la Région Île-de-France

 

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Discours inaugural de la Biennale d’architecture et de paysage de la Région Ile-de-France

 

 

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Vendredi 3 mai 2019

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Monsieur le Président de  la République, cher Nicolas SARKOZY,

Monsieur le Ministre de la Culture, cher Franck RIESTER,

Mesdames et Messieurs les députés,

Mesdames et Messieurs les sénateurs,

Mesdames et Messieurs les députés européens,

Madame et Messieurs les Présidents de Départements,

Monsieur le Président de la MGP, Patrick OLLIER,

Mesdames et Messieurs les Préfets,

Mesdames et Messieurs les Vice-présidents du Conseil Régional, chers amis,

Mesdames et Messieurs les Conseillers Régionaux,

Mesdames et Messieurs les conseillers départementaux,

Monsieur le Maire de Versailles, cher François de MAZIERES,

Madame la Présidente de l’Etablissement public du château de Versailles, chère Catherine PEGARD,

Mesdames et Messieurs les maires,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les représentants des corps constitués, des entreprises, des cabinets d’architectes et de paysagistes, de nos partenaires publics et privés,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

 

Je tiens en premier lieu à vous exprimer tout le plaisir que j’ai à vous accueillir si nombreux pour ouvrir la première Biennale d’architecture et de paysage de la Région Ile-de-France.

Et je tiens tout particulièrement à vous remercier, Monsieur le Président de la République, de l’honneur que vous nous faîtes d’être parmi nous ce matin.

Je tiens à remercier aussi tous les parrains bienveillants sans lesquels ce pari un peu fou de ressusciter quarante ans après sa dernière édition, une biennale architecturale en Ile-de-France n’aurait jamais vu le jour.

Passionnée d’architecture et de paysage, j’avais pris cet engagement en 2015, car il me semblait que la première Région d’Europe ne pouvait pas se passer d’une réflexion approfondie sur la ville, son visage et ses transformations.

Je voudrais donc remercier tout d’abord notre Commissaire Général de choc, François de MAZIERES, qui nous a proposé l’écrin incomparable de Versailles, pour accueillir l’évènement. Et sans lequel RIEN n’aurait été possible.

Merci ensuite à Jean-Christophe QUINTON, Directeur de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles, et Vincent PIVETEAU, Directeur de l’Ecole Nationale Supérieure de Paysage, qui ont porté les deux grandes expositions qui forment l’épine dorsale de cette Biennale : sur la ville créatrice et la ville fertile, « Augures » de Djamel KLOUCHE  et « le goût du paysage » d’Alexandre CHEMETOFF.

Merci à Jean-Luc MARTINEZ et à toute l’équipe du LOUVRE qui nous ont ouvert cette incomparable galerie des moulages pour enraciner notre Biennale dans les chefs d’œuvre de notre Histoire européenne.

Merci à Catherine PEGARD et à toute l’équipe du Château de Versailles pour avoir organisé, en miroir de la Biennale, une exposition inédite sur les « rêves d’architectes » : toutes les transformations auxquelles le Château de Versailles a échappé depuis Louis XIV.

Merci à Franck RIESTER, Ministre de la Culture, à ses équipes, et plus largement à l’Etat à travers toutes les tutelles de ces grands organismes publics, car il a porté un regard bienveillant et jamais bloquant sur nos initiatives.

Merci à Nicolas GILSOUL, dont l’exposition photographique « Echappées belles » sur les villes résilientes du monde entier est source d’inspiration, au même titre qu’elle donne à voir tous les paysages remarquables que la Région a restauré avec notre Agence des espaces verts depuis des décennies.

Merci enfin à nos partenaires : la Société du Grand Paris et Thierry DALLARD, qui travaille d’arrache-pied à concrétiser enfin le Grand Paris Express, la troisième génération des transports en Ile-de-France qui transformera durablement la région.

Merci enfin à Grand Paris Aménagement et son Directeur général, Thierry LAJOIE, au Forum métropolitain et son Président, Vincent JEANBRUN, à l’établissement public d’aménagement de Paris-Saclay et son Directeur général, Philippe VAN DE MAELE, à la SOLIDEO et son Directeur général, Nicolas FERRAND, qui nous donnent à voir à l’Ancien Hôtel des Postes, les maquettes de leurs grands projets urbains pour les années à venir.

Vous le voyez, cette Biennale ressemble au génie français : elle est une œuvre singulière, conçue et exécutée avec très peu de moyens financiers, mais avec une énergie collective à soulever les montagnes !

Car le défi nous a tous enthousiasmés. Nous voulions être au rendez-vous du Grand Paris.    

  

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Monsieur le Président de la République, cher Nicolas,

Il y a tout juste dix ans, très précisément le 29 avril 2009, à l’occasion d’un discours fondateur à la Cité de l'architecture et du patrimoine, vous offriez au monde une vision puissante, qui avait vocation à transformer radicalement le visage de la Région-capitale, et, avec elle, de toute la France.

L’Ile-de-France était alors une « belle endormie » - une région certes prospère, mais au leadership contesté par les autres métropoles en Europe et dans le monde.

Endormie, et néanmoins immense par sa taille et le nombre de ses habitants, l’Île de France prenait de plus en plus l’aspect d’un colosse aux pieds d’argile.

Il y a 10 ans, vous avez senti qu’il fallait redonner un souffle à la Région-capitale, lui rendre vie après tant d’années. En somme, vous avez senti qu’il fallait « réveiller la belle endormie ».

L’ambition du Grand Paris, c’est de rendre à l’Île de France toute son ampleur, d’en faire à nouveau le moteur économique de la France, pour qu’elle devienne « la carte maîtresse de la France en Europe et dans le monde. »

L’exigence du Grand Paris, c’est de « penser le développement de Paris dans une perspective beaucoup plus large que les limites du périphérique, que les limites de la Petite Couronne, beaucoup plus large que celles de l'Ile-de-France. »

Vos paroles résonnent encore aujourd’hui d’une actualité pressante.

Parce qu’il y a dix ans, vous nous avez lancé une invitation.

 Une invitation à interroger nos limites qu’elles soient géographiques, administratives, politiques, sociales.

Une invitation à dépasser nos limites, pour que la France et tous les Français soient les gagnants des grandes mutations qui caractérisent notre époque.

Malheureusement, vos successeurs n’ont pas été au rendez-vous !

Ils n’ont pas pris la mesure de votre vision. Ils ont réduit le Grand Paris à une strate administrative supplémentaire et à un grand métro certes indispensable mais qui accumule les surcoûts et les retards.

Eh bien, moi, le souffle de votre discours, l’évidence de votre vision, je les ai puissamment ressentis, et, à la place qui est la mienne, je veux les incarner.

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Ce faisant, nous serons fidèles au Général de Gaulle, qui voulait déjà à l’époque  rééquilibrer le développement des régions françaises, et pour cela, décentraliser davantage l’action publique.

Son projet pour la France n’oubliait pas notre Région, où il avait fait le triste constat de la saturation des réseaux de transports et de l’urbanisation incontrôlée qui défigurait le paysage régional. Il fallait remettre de l’ordre dans l’aménagement de la Région-capitale. Et pour cela, De Gaulle put compter sur le génie visionnaire de Paul DELOUVRIER à l’œuvre duquel nous puisons toujours aujourd’hui.

Il a eu trois intuitions majeures.

         Sa première idée fut de faire de l’Ile-de-France une région polycentrique, battant de nombreux cœurs urbains, pour que chaque habitant puisse accéder à tout, près de chez lui.

Sa deuxième idée fut de marier la ville avec les espaces naturels et agricoles Parce que chaque être humain a besoin de respirer et de se ressourcer au vert, au contact de la nature.

La troisième intuition fut de connecter ces nouvelles centralités pour les rendre indépendantes de Paris.

Une région innervée par de grands axes de transports modernes qui relient non seulement les nouveaux pôles à Paris mais qui permettent également de faire circuler l’énergie entre eux. Alors qu’à l’époque, l’automobile était l’alpha et l’oméga du transport, DELOUVRIER a osé inventer une mobilité de masse, et repenser le réseau de transport en commun. Voilà pourquoi, voilà comment est né le principe du RER.  

Faire revivre ces trois idées – le polycentrisme, le mariage avec la nature et la connexion -, les remettre à l’ordre du jour, voilà à mes yeux le fil conducteur pour construire l’Ile-de-France de demain.

Une Ile-de-France attractive, écologique et solidaire.

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Paul Delouvrier fut le père des Villes Nouvelles, il nous revient à nous, ses héritiers, d’élever des Villes Humaines.

Parce que la Ville ne doit pas être un espace de contraintes, qui « étouffe la vie ». Mais, au contraire, le creuset d’une vie épanouissante et stimulante.

Alors qu’au nom de la rationalité, un certain urbanisme au XXe siècle a défiguré nos villes,

Alors qu’une certaine conception de la modernité a conduit à bétonner et à artificialiser les espaces.

Il est temps de tisser des liens plus forts, des liens nouveaux entre l’Homme, la nature et la Ville. J’appelle de mes vœux la fondation d’une nouvelle modernité autour du thème de cette biennale. 

« L’homme, la nature et la ville ».

L’ordre des mots compte. Partir des besoins de l’homme, des femmes et des hommes qui naissent, vivent, créent, imaginent, espèrent, et intégrer la nature au cœur même des villes qu’ils habitent.

En Île de France, cela se traduit en actes, pour réconcilier les territoires, leurs habitants, pour  que notre Région marche sur ses deux jambes : la ville et la nature.

Certains, à contresens de l’Histoire, du besoin de résilience collective, ont imaginé une Métropole hors sol, réduite à la zone la plus dense, de Paris et de la petite couronne, coupée de ses confluences vitales. Il est urgent d’inscrire le Grand Paris dans la réalité d’un territoire plus vaste, à dimension régionale, qui lui permet d’être durable et solidaire.

Rappelons que le blé, le pain, les fruits, les légumes, c’est le goût des paysages et des fermes de l’Île de France.

Rappelons que l’eau que boivent les Parisiens vient des captages de grande couronne.

Rappelons que ce sont les terres agricoles et les massifs forestiers qui seuls peuvent fixer le carbone émis par la centralité minérale.

Réconcilier l’homme, la nature et la ville, c’est dessiner une stratégie pour faire de l’Île de France une Région-Métropole écologique et solidaire unique au monde.

Nous nous sommes engagés à remettre du vert dans la vie des Franciliens en devenant « producteurs nets » d’espaces verts d’ici 2024 afin que chacun puisse accéder à un espace vert en 15 minutes à pied de chez lui. Pour cela, nous  avons déjà créé ou aménagé 100 ha d’espaces verts depuis 2016, du Parc de la Poudrerie à la Corniche des Forts, auxquels s’ajoutent les 300 hectares du Bois Saint Martin que nous ouvrirons au public. Et nous planterons cette année, cher Nicolas, - il nous aura fallu dix ans ! - le premier arbre de la Forêt de Pierrelaye, cette forêt d’un million d’arbres que tu nous invitais à créer à l’Ouest de Roissy.

Réconcilier l’homme, la nature et la ville face au fléau du mal logement, cela veut dire également construire plus mais  construire mieux et construire beau, parce que tous les Franciliens le méritent.

C’est ce que nous faisons en soutenant la création de 100 quartiers «innovants et écologiques, et déjà plus de 40 quartiers sont en train de voir le jour. C’est aussi l’objectif du concours « Inventons la Métropole du Grand Paris », dont les projets audacieux devront être concrétisés à l’avenir.

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Rome ne s’est pas faite en un jour.

La transformation de nos villes réclame de notre part une réflexion nourrie, continue et collective. Comment, pendant si longtemps, avons-nous pu nous passer d’une Biennale d’architecture et de paysage en Ile-de-France ?

Je vous propose de lancer ensemble la réflexion sur la ville du futur.

Imaginons ensemble une nouvelle urbanité.

Selon moi, elle pourrait s’appuyer sur cinq piliers.

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Le premier de ces piliers, le « ménagement », un aménagement qui ménage et préserve l’espace et des ressources.

Finie, la tentation conquérante de l’extension urbaine.

Démodée, une définition appauvrissante de la croissance, quand elle se fait au détriment des espaces ouverts.

A bannir, tout ce qui nous prive des richesses des paysages naturels et vivants.

Le nouvel urbanisme se donne comme ligne de conduite de ménager les espaces vivants.

Parce que leur valeur est infinie, et qu’elle se mesure à la diversité des services qu’ils nous rendent - services agricoles, économiques, écologiques, récréatifs, ou encore esthétiques.   

          

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Après le ménagement, le deuxième pilier c’est celui de la proximité, pour insuffler un nouvel « esprit-village » dans toute la Région.

S’il faut le qualifier, l’ « esprit-village » est un esprit de solidarité, d’entraide et de fraternité qui tient au fait très simple que l’on trouve au même endroit des lieux d’habitation, de vie, mais aussi des commerces et des entreprises. En mettant fin à la fonction unique des territoires, en s’inscrivant résolument contre le « métro-boulot-dodo », cette proximité transforme la manière d’habiter l’espace.

Mais comment faire, dans une Métropole aussi grande et diversifiée que l’Île de France, pour retrouver l’esprit village, la vie de quartier équilibrée aussi bien en ville qu’à la campagne ?

D’abord, il faut rapprocher les habitants. C’est la mission des transports, pour que l’on puisse plus facilement et plus rapidement se déplacer pour plus facilement se retrouver.

Ensuite, l’esprit village est un indicateur de la qualité de vie. Nous devons donc agir pour des villes plus vertes, plus conviviales, riches de services et de loisirs, dans lesquelles on peut se rencontrer.

Enfin, l’esprit village dépend de la possibilité d’habiter et de travailler au même endroit, rompant avec la réalité des cités dortoirs, pour que nos territoires soient vraiment des lieux pour s’épanouir.  

C’est pour ces trois raisons que je mène la Révolution des transports, pour des transports plus fiables, plus collectifs, plus sûrs, innovants et décarbonés.

J’ai la conviction, que la ville durable, la Métropole écologique, c’est celle dans laquelle on se déplace plus facilement et où on a moins besoin de sa voiture. Depuis mon arrivée à la tête de la Région, nous avons engagé 24 milliards d’ici 2025, pour acheter ou rénover 700 nouvelles rames de train et de RER, construire et étendre de nouvelles lignes, faire venir des bus propres en Grande couronne et à Paris, développer l’usage du vélo.

La Révolution des transports investit également la route : plan anti-bouchons dans chaque département, enrobés phoniques pour réduire le bruit des autoroutes et soutien à la voiture autonome, celle qui s’invente dans la Vallée de la Seine.

La Révolution des transports mise aussi sur une nouvelle manière d’habiter la ville, et de travailler, avec la modernisation des gares, parkings relais gratuits, tiers lieux, télétravail…

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La « ville humaine » est aussi une ville intelligente par l’intégration raisonnée du numérique et de l’innovation.

Parce que les nouvelles technologies nous ouvrent des perspectives encore impensables il y a seulement 10 ans,

Parce que la ville connectée, qu’on appelle Smart City en bon français dans le texte, ou plutôt Smart Region, c’est maintenant une réalité,

Parce qu’enfin, c’est ici, en Île de France, qu’on en fait l’expérience, des véhicules autonomes aux bâtiments intelligents, à la vidéo-protection, en passant par la conception d’un double numérique de la Région.

Oui, tout cela est possible avec le numérique et ses simulations 3D, l’usage des big data et la précision informatique.

Et pourtant, tout cela n’est désirable qu’à une seule condition : que ces outils améliorent vraiment la vie de chacun, en respectant la protection des libertés. Qu’ils permettent à chacun de s’inscrire dans un territoire pour y écrire son histoire.

C’est à nous d’y veiller.

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J’en viens au quatrième pilier de nos Villes humaines : je veux parler de la solidarité entre les territoires et les habitants.

Une solidarité qui n’exclut personne, qui reconnaît la même dignité à chacun, quel que soit le lieu où il habite, et qui veut donner à chacun sa chance de réussir.

Une solidarité contre la fatalité, qui refuse les ghettos et qui milite au contraire pour une vraie mixité sociale.

         D’abord, nous voulons en finir avec les quartiers ghettos et leurs grands ensembles parce que c’est l’urbanisme dont nous ne voulons plus. Nous commençons par reconstruire les quartiers en y faisant revenir les classes moyennes, grâce à un « dispositif anti-ghetto », pour qu’on arrête de construire du logement très social là où il y en a déjà 30%. Concentrer toute la détresse sociale au même endroit, voilà  l’erreur dont nous ne voulons plus. C’est sans doute là une véritable rupture. De la même manière, nous luttons contre les marchands de sommeil, et tous ceux qui font commerce de la misère.

         Ensuite, nous voulons désenclaver et investir massivement dans les quartiers populaires, pour des projets de transports, de logements et d’équipements – la Région y investira au moins 2 Milliards d’euros dans les années qui viennent. Le saupoudrage ne fonctionne pas, c’est un véritable électrochoc que nous devons opérer – que j’ai baptisé d’un triptyque : AUTORITE, MIXITE, REUSSITE.

Cette philosophie de la solidarité, qui se laisse voir en actes, nous la portons sur tout le territoire francilien, et singulièrement en grande couronne. Parce que la France périphérique, celles des « gilets jaunes », elle commence à 40 kilomètres de Paris, et que nous devons veiller à résorber toutes les fractures territoriales.

Il est d’ailleurs grand temps de rééquilibrer vraiment l’Île de France d’Ouest en Est. C’est dans cet esprit que je souhaite faire émerger des projets de développement ambitieux dans chaque département, pour donner corps à un polycentrisme équilibrant : SACLAY sera la Sillicon Valley européenne, la santé du futur se dessinera dans le Val-de-Marne, la Ville Durable et le Tourisme se développeront à MARNE-LA-VALLEE, les industries créatives et le luxe en SEINE-SAINT-DENIS, les véhicules du futur en VALLEE de SEINE, la finance à LA DEFENSE, le grand axe aéronautique se situera entre ROISSY et LE BOURGET…

40% de la recherche française se concentre en Ile-de-France, nous ambitionnons de devenir la capitale européenne de l’intelligence artificielle, et de mettre celle-ci au service de notre qualité de vie.

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Après le ménagement, la proximité, le numérique et la solidarité sous toutes ses formes, j’en arrive au cinquième et dernier pilier, qui doit présider à tout aménagement futur : je veux parler de la participation et du débat, auxquels nous ferons une place particulière dans la Biennale. 

L’urbanisme ne peut plus être le fruit de la verticalité.

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Voici mes convictions pour dessiner un modèle original de Métropole à la française, qui réconcilierait durablement « l’homme, la nature et la ville. »

         Ces enjeux, nous en sommes collectivement dépositaires. Nous les atteindrons seulement si nous les partageons, et seulement aussi si nous savons nous appuyer sur le talent, l'imagination créatrice, la compréhension des problèmes et des situations, et l'intelligence collective des professionnels de l'architecture, de l'urbanisme et du paysage.

 

Ils sont au cœur de la Biennale que nous inaugurons aujourd'hui parce qu'ils sont au cœur du projet métropolitain de la Région. Au départ de ce projet, il y a l'Atelier international du Grand Paris et ses équipes d'architectes et d'urbanistes : Jamel Klouche, Jean Nouvel, Elizabeth et Christian de Portzamparc, Dominique Perrault, Antoine Grumbach, Richard Rogers, Yves Lion, Winy Maas, Roland Castro, Patrick Bouchain et tant d'autres que je voudrais saluer très chaleureusement.

 

Dans la vie du projet, il y a également les quelques 40 équipes qui travaillent sur les gares du Grand Paris Express ou sur les projets « Inventons la Métropole du Grand Paris », que je salue tout aussi chaleureusement, de même que les équipes artistiques qui leur sont associées : salut aux Barani, Viguier, Vezzoni, Wilmotte, Valode et Pistre, Gazeau, Kengo Kuma et à tous les autres.

 

Plus que jamais la Région, ses élus, ses habitants ont besoin de votre art et placent en vous leurs attentes. C'est pourquoi je veux que cette première biennale permette à la région d'inaugurer avec l’architecture et les architectes une relation nouvelle, durable et féconde.

 

 

Nous remettrons chaque année de grands prix régionaux de l'architecture, pour des réalisations dans le domaine du logement, des équipements publics, ou de l'écoconstruction.

 

Nous nouerons une relation privilégiée avec les écoles d’architecture et de paysage, leurs 300 enseignants et leurs 5 000 étudiants.

 

Chaque année, la Région décernera pour chaque école trois prix de diplôme, allant aux meilleurs projets de fin d'étude portant sur des problématiques régionales. Elle encouragera les expérimentations de coopération entre écoles, lycées professionnels et centres de formation d'apprentis. En lien avec l’Institut d’architecture et d’urbanisme, elle sollicitera les capacités d’appui des écoles aux politiques publiques.

 

Pour donner un cadre à cette ambition, j'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai décidé de confier une mission à notre ami Patrick BOUCHAIN, grand prix d'urbanisme 2019.

 

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Notre région veut accueillir les fleurons de l’architecture de demain. Mais elle est aussi profondément attachée à celle d’hier et à son patrimoine inestimable.

 

L'Ile de France, c'est environ 4000 monuments protégés. C'est notre trésor commun, à nous de le protéger et de le restaurer.

 

Pour chacun de nous, l'incendie de Notre-Dame de Paris a été une immense émotion. Il a donné lieu à une réaction nationale et mondiale à la hauteur de ce monument unique, marque du génie des bâtisseurs du Moyen-Age. 

 

La Région s’est immédiatement mobilisée en urgence, avec les autres collectivités. Mais le plus bouleversant, ça a été la ferveur du soutien populaire.

 

Soyons fiers de la générosité qui a permis de rassembler pour Notre-Dame des dons si généreux.

 

 

Au demeurant, je suis de ceux qui pensent que si le montant des dons excède à l’avenir celui des dépenses à prévoir, un grand fond de dotation dédié à la rénovation de notre patrimoine devrait être créé, en accord avec les donateurs qui le souhaitent.

 

Soyons en effet lucides : derrière ce drame il y a des années de délaissement. Les crédits d'Etat n'ont jamais rattrapé la baisse historique qu'ils ont subie au budget 2013, à la suite de l'élection de François Hollande. Ici en Ile-de-France, nous n’avons pas non plus trouvé un budget à la hauteur. Nous avons entièrement rénové la politique patrimoniale de la Région.

 

Nous avons doublé les crédits affectés à cette politique. La Région intervient sur près de 200 sites. Avec la création du label patrimoine d'intérêt régional, elle apporte au patrimoine non protégé un soutien déterminant.

 

Je le dis : il y a, entre un territoire et son patrimoine, un lien tel que porter atteinte à l'un, c'est défaire l'autre.

Notre Biennale aujourd’hui, qui s’enracine dans la galerie des moulages du Louvre et dans les rêves d’architectes pour le Château de Versailles, marie ainsi les racines du passé et les ailes de l’avenir.

 

C’est pourquoi, après 17 ans de délaissement, j'ai l'ambition de porter en Ile-de-France un plan inédit pour le patrimoine qui, au-delà de son volet financier, développera la formation et la visibilité des métiers du patrimoine, ainsi que la valorisation touristique des lieux.

 

Un tel plan ne peut se concevoir qu'en associant pleinement à sa conception tous les acteurs du patrimoine : les élus, les associations, les scientifiques et les  professionnels, les particuliers, les administrations, celles de l'Etat et des collectivités. C'est pourquoi je réunirai fin juin des Assises du patrimoine d'Ile de France, pour que nous fixions ensemble, un cap, une ambition, une méthode.

 

Ainsi ajoutons-nous aujourd'hui à notre BAP un second P : celui de patrimoine.

 

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Pour conclure, laissez-moi adresser un appel solennel au Président de la République, Emmanuel MACRON : monsieur le Président, pendant plusieurs semaines, nous allons ici, à la Biennale, ensemble, inventer et faire vivre le Grand Paris de demain.

Ces projets, nous pouvons les mener ensemble  pour faire de l’Ile-de-France une métropole-phare qui inspirera toutes les autres, un modèle unique pour le monde entier.

Monsieur le Président, il vous appartient aujourd’hui de reprendre le flambeau, de relever l’étendard du Grand Paris.

 

Ce Grand Paris est confronté aux défis de notre siècle, des vagues migratoires au réchauffement climatique, du numérique à la pollution ; il devra être créatif, résilient et fertile à la fois pour construire une région-métropole attractive, écologique et solidaire, une métropole à visage humain.

Nous sommes déjà en action.

 

Nous vous attendons !

Merci à tous.