26 septembre 2013

Développer l'apprentissage, tout un travail

Elle aide à la fois les jeunes et les entreprises à la recherche d’un apprenti : Marine Delorme est développeur de l'apprentissage au centre de formation d'apprentis de Saint-Maur-des-Fossés (94). Une mission qui lui tient à cœur : explications.

Un quotidien rythmé par le monde de l'apprentissage

La patronne d’un institut de beauté lui a demandé hier de lui trouver deux nouvelles apprenties. « En urgence, sinon ça ne serait pas drôle. » D’ici ce soir, elle doit aussi préparer une intervention en collège, sans oublier un rendez-vous avec une mère passée la voir à l’improviste : sa fille a un souci avec son maître d'apprentissage et elle s’est tournée naturellement vers Marine, développeur au CFA de Saint-Maur-des-Fossés (94) : « C’est comme ça tous les jours. »

Cela fait dix ans maintenant que Marine Delorme est arrivée, un peu par hasard, dans ce centre de formation d’apprentis (CFA). Venue de la médiation scientifique, rien ne la prédestinait à travailler dans l'apprentissage, sauf qu’elle « avait toujours eu un bon contact avec les ados ».

Elle fait la tournée des collèges

Des ados, elle en fréquente à longueur de journée. Quand elle ne pose pas son stand dans un salon des métiers, elle sillonne les collèges avoisinants. Une à deux heures d’intervention pour présenter aux élèves de troisième l’éventail des formations en apprentissage.

Elle est plutôt bien accueillie. « Depuis mes débuts, l’image de l'apprentissage a évolué. Quand j’ai commencé, je n’intéressais pas les élèves, sauf ceux qui n’aimaient pas l’école ou qui n’avaient pas de bons résultats ! Aujourd’hui, il y a moins d’a priori ». En revanche, c’est surtout elle qui parle. « Les jeunes n’osent pas s’exprimer. À 14-15 ans, c’est difficile de se projeter dans une profession... »

Bâtiment, mécanique, cuisine... Elle balaie donc toutes les spécialités en s’attardant sur les filières de son établissement. L’auditoire écoute attentivement. « Il faut dire qu’on part de loin. Les collégiens vivent à des années-lumières du monde du travail et ce qui les impressionne le plus, c’est, quand ils viennent visiter le CFA, de voir des apprentis qui ne sont pas beaucoup plus âgés qu’eux et qui ont déjà un « vrai » métier. Cela les scotche ! »

« Un jeune qui cherche un patron, un patron qui cherche un jeune »

Quand elle ne coache pas les scolaires, Marine Delorme bichonne les employeurs susceptibles d’embaucher de jeunes apprentis l’année suivante. Coups de fil, visites de terrain : elle passe une bonne partie de ses journées à solliciter ses « habitués » et à en prospecter de nouveaux. « Dès la journée portes ouvertes du CFA, courant mars, je dois communiquer aux futurs élèves de CAP et de BP la liste des entreprises qu’ils peuvent contacter », explique la jeune femme.« Les mois suivants, c’est au cas par cas. Un jeune qui cherche un patron ou un patron qui cherche un jeune... on m’appelle à n’importe quel moment », sourit-elle.

Car, aux problématiques de recrutement, s’ajoute la question plus délicate des ruptures de contrats, « assez nombreuses ». Il faut alors pallier le manque en urgence et la difficulté dépend du secteur d’activité. 

Pour les futurs fleuristes, aucun problème de recrutement. « Il y a un déficit criant d’apprentis, sans doute parce que c’est un métier passion, au sens assez difficile. Il faut être là pendant les fêtes et les week-ends. Charger et décharger. On trouve donc facilement des patrons. » Par contre, c’est moins évident en esthétique : « Il y a très peu de places qui se libèrent, car acquérir le métier prend du temps et les maîtres d’apprentissage investissent énormément dans la formation de leurs débutantes. »

Ce qu'elle aime : trouver du travail aux jeunes

Mais cela ne l’effraie pas. « Quand je trouve facilement, c’est super. » Sinon ? La réponse fuse : « Je continue à passer des coups de fil jusqu’à ce que ça marche. Trouver du travail à quelqu’un, à l’heure actuelle, c’est primordial. »

Son travail, Marine l’adore. « Au début, c’était compliqué. Et puis, j’ai appris sur le tas. Je suis même devenue une vraie spécialiste du droit de l’apprentissage ! » s’enthousiasme-t-elle. Régulièrement, des « anciens » passent lui donner de leurs nouvelles et cela la « ravit ». Cette semaine, un coiffeur, qui avait du mal à garder une place il y a quelques années, lui a annoncé qu’il allait monter son propre salon et, bien sûr, embaucher de jeunes apprentis.

Aujourd'hui, 120 développeurs en CFA sont déployés sur toute l'Île-de-France. En 2012, leur activité a généré plus de 46.000 contacts entreprise avec pour vocation première la promotion de l'apprentissage. Grâce à ces contacts, 13.900 contrats ont pu être signés et 17.340 jeunes apprentis ont été suivis.