19 mai 2016

Décrochage scolaire : le Lycée des possibles ou le plaisir d’apprendre retrouvé

Créé au sein du lycée professionnel Colbert de La Celle-Saint-Cloud (78), le « Lycée des possibles » accueille une trentaine de jeunes, de 15 à 20 ans, en décrochage scolaire. Il les accompagne vers une formation, grâce à un suivi personnalisé et des programmes adaptés aux besoins de chacun.

Un Lycée pour les jeunes en décrochage scolaire

Une bouilloire, des tasses, du café soluble et du thé, un jus d’orange et des pâtisseries recouvrent les tables de la salle du Lycée des possibles (LDP). Il est 8 h 30. Les élèves arrivent et s’installent pour prendre leur petit-déjeuner. « Tu viens à l’école, mais la première chose que tu fais, c’est de manger et de discuter avec les autres. Ça permet de décompresser », confie Pierre (1), âgé de 17 ans.  En décrochage scolaire depuis la fin de sa seconde, il a intégré cet établissement après avoir avoir passé un an et demi « sans rien faire ».

Le Lycée des possibles a ouvert ses portes en septembre 2014, grâce au partenariat avec le rectorat de Versailles et la Région Île-de-France. Il accueille des jeunes en décrochage scolaire depuis des mois, voire des années, ayant connu de graves problèmes médicaux ou psychologiques, des ruptures familiales violentes, du harcèlement scolaire sévère. L’idée est de créer une sorte de sas pour qu’ils puissent se réconcilier avec l’école, se réhabituer progressivement aux horaires et aux contraintes, retrouver la confiance en eux et le plaisir d’apprendre. Ils viennent pour une durée variable, d’un mois à un an, et même plus, si cela s’avère nécessaire.

 

Coller aux besoins des élèves

« À la différence d’autres structures, qui essayent d’adapter les jeunes aux programmes, nous faisons l’inverse : adapter les programmes aux élèves », résume Vincent Farjon, proviseur du lycée Colbert. Les candidats passent d’abord des entretiens avec l’équipe pédagogique afin d’établir un projet personnel en fonction de leurs désirs. Ensuite, l’enseignement s’adapte au projet. « Si l’élève veut intégrer un bac pro de commerce, on va mettre l’accent sur le français et l’anglais. S’il s’oriente vers une filière technologique, on va lui faire approfondir les maths et la physique », explique Vincent Farjon.

 

Un encadrement renforcé

Les cours se déroulent en petits groupes de cinq ou six élèves, ce qui permet un suivi personnalisé. « Les profs nous encadrent vraiment. Ils sont là pour nous aider et pas pour nous juger », estime Marianne, âgée de 20 ans, dont le parcours fut chaotique. Les enseignants diversifient le contenu des programmes. Ainsi, le prof de français Frédéric Vajas fait travailler les élèves sur un journal de bord, où ils consignent leurs pires ou leurs meilleurs souvenirs, leurs passions ou leurs ressentiments. « Mon objectif est de faire naître le plaisir d’écrire », indique le professeur.

 

Des partenariats extérieurs

Afin d’assurer une prise en charge aussi complète que possible des élèves, le LDP fait appel à des intervenants externes. Lucas Renaud, formateur en développement personnel de l’« École des parents et des éducateurs » d’Île-de-France, permet aux jeunes de mieux se connaître et de reprendre confiance en eux. Un animateur en « Street art », travaille sur le développement de leur créativité. Les comédiens de la compagnie « Déclic Théâtre » organisent des séances d’improvisation pour enseigner de façon ludique différents modes de communication. Les partenariats avec AGEFA PME (2) et le GEBS (3) visent à faire découvrir aux élèves le monde du travail, au travers de visites d’entreprises.

Lorsque les élèves se sentent prêts à franchir le pas vers l’école classique, ils font des stages d’immersion dans des établissements scolaires, ou des stages passerelles dans les CFA. Certains parviennent à intégrer la formation, d’autres retournent sur les bancs du LDP. « Nous sommes là jusqu’à ce qu’ils trouvent l’endroit où ils vont se maintenir. Nous avons un engagement moral – ne jamais les lâcher », affirme Vincent Farjon.


(1) Les prénoms ont été modifiés.