17 octobre 2016

Décrochage scolaire : la Région veut mettre fin au « gâchis »

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Crédit photo : Getty Image

Les premières assises régionales sur le décrochage scolaire ont réuni, ce lundi 17 octobre, associations de terrain, responsables éducatifs et jeunes pour mieux lutter contre ce « gâchis ». En 2016, la Région Île-de-France a consacré 2 millions d'euros de crédits à la lutte contre le décrochage.

En Île-de-France, ils seraient près de 30 000. Les « décrocheurs » – ces jeunes qui ont quitté le système scolaire sans insertion professionnelle ou sociale – étaient au cœur des assises sur le décrochage scolaire organisées ce lundi 17 octobre, dans l’hémicycle régional. Valérie Pécresse avait convié toute la journée acteurs de terrain (association, jeunes), représentants de l’Éducation nationale mais aussi d’anciens décrocheurs, pour faire le point sur ce qui s’apparente à un véritable « fléau ». Un fléau dont les causes sont multiples : difficultés sociales ou personnelles, maîtrise insuffisante des fondamentaux, addictions, orientation non adaptée.


Décrochage scolaire : il n'y a pas de fatalité

« Rien ne doit être joué à 14,15 ou 16 ans », a martelé Valérie Pécresse. Et la Région est en première ligne. Les conseils régionaux se sont vus récemment attribuer le rôle de coordinateur des actions de lutte contre le décrochage scolaire. Une compétence justifiée, selon la présidente, car « le niveau régional est le plus pertinent pour s’occuper des problèmes et pour mobiliser toutes les forces vives qui proposent des solutions ». Pour cela, le budget régional consacré à la lutte contre le décrochage rien que pour 2016 s’élève à près de 2 millions d’euros.


Un suivi personnalisé pour les décrocheurs

La Région se fixe un double objectif : en amont, réduire le nombre de jeunes qui sortent de formation initiale en renforçant les actions de prévention, puis améliorer le suivi et l’accompagnement de ces jeunes vers l’insertion professionnelle et le retour en formation. La Région va ainsi lancer une plateforme téléphonique visant à contacter et à suivre chaque jeune décrocheur. Aujourd’hui, seuls 8 % de ces jeunes sont contactés par les plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs (PSAD).


Un système de tutorat renforcé

« Ce n’est que le premier round de notre engagement », a souligné Valérie Pécresse. Et de renchérir : « Remettre ces lycéens sur la voie de la réussite est un défi pour la République. » Il est important pour prévenir le décrochage scolaire de bien en connaître les multiples causes. C’est pourquoi la Région va lancer des projets de recherche sur le sujet, avec études statistiques et chiffrées. Et d’autres mesures sont envisagées :

  • augmenter le nombre de places en internat,
  • lutter contre les addictions chez les jeunes,
  • renforcer le tutorat à la demande, y compris le week-end. Il pourrait être assuré par des étudiants, mais aussi par des salariés ou des retraités volontaires.
Message d’Erik Orsenna, parrain de ces assises régionales, membre de l’Académie française
« Année après année, tout le monde se désole du décrochage scolaire. On gémit, on pleure, on accuse les autres, on jure que pourtant on a tout, mais vraiment tout fait. C'est faux ! On n'a pas tout fait pour une seule raison : on n'a pas réussi. Et s'il est un combat que l'on doit gagner, c'est bien celui-là. Si nous avons une obligation de résultat, c'est bien celle-là. Car le décrochage est à la fois gâchis et injustice.
Un pays où ne montent plus les ascenseurs sociaux est un pays condamné. Condamné à la violence sociale et au déclin économique. Pour “raccrocher” les “décrochés”, tout doit être tenté. Tout. Sans tarder, sans présupposé, sans exclusive. Tout ET partout et au plus près de chaque décroché. Car chaque expérience de décrochage est différente. Je suis fier de participer à cette action. Fier et déterminé. Et disponible. Donc à bientôt. Car, pardon pour la grandiloquence, il y va de la République. Qu'est-ce qu'une République sans espérance ? Que devient notre République française qui prive chaque année de cette espérance entre 130 000 et 150 000 de ses enfants ?
On devrait avoir honte de continuer à inscrire “Égalité” sur nos frontons. Quelle valeur a-t-elle, cette solennelle égalité de façade, sans sa traduction concrète : l'égalité des chances ? »