Xavier Frison

Marier les apprentis aux entreprises, et vice versa : c'est le rôle de Baptiste Bonnivard

En suivant un développeur de l’apprentissage de l’Essonne, nous avons voulu nous rendre compte de l’intérêt des entreprises et comprendre leurs éventuelles réticences.

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D’un côté, des élèves en formation, futurs apprentis en quête d’un contrat. De l’autre, des entreprises aux besoins et aux attentes très divers. Au milieu, Baptiste Bonnivard, « développeur de l’apprentissage » de 32 ans. Son rôle : marier les apprentis aux entreprises, et vice versa. Une mission quotidienne délicate pour ce référent du BTS assistant de gestion à l’Unité de formation en apprentissage du lycée Saint-Pierre, à Brunoy (91). Car les protagonistes peuvent être tour à tour indécis, hésitants, mais aussi enthousiastes et avides de partager leurs expériences. Charge au développeur de l’apprentissage de réunir les deux parties pour le meilleur, en évitant le pire.

Limiter le risque de rupture

Ollainville, Essonne. Baptiste Bonnivard a donné rendez-vous dans cette commune de 4.600 habitants à Marion Bernardoni, 19 ans, élève de BTS à Saint-Pierre. Cet après-midi-là, Marion vient signer son contrat d’apprentissage chez PL BAT, l’entreprise de bâtiment de Sylvie et Laurent Pachot. Dans les locaux discrets de la PME qui emploie une douzaine d’employés, on n’en est pas à son coup d’essai, côté apprentissage : « Nous avons déjà eu trois apprentis, confirme Sylvie, en roulant des yeux. On ne peut pas dire que cela se soit toujours bien passé… »

Un maçon et deux menuisiers en formation se sont succédé dans la société, sans aller au bout de leur formation. « Ces expériences illustrent parfaitement les difficultés que nous rencontrons pour placer des apprentis dans le secteur du bâtiment, résume Baptiste Bonnivard. Les griefs des entreprises concernent le plus souvent le manque de maturité des jeunes, parfois leur manque de persévérance ou leur incapacité à faire des choix et à s’y tenir. C’est pour ça que nous sommes là, pour accompagner les apprentis et les entreprises, et ainsi limiter le risque de rupture. » Le décalage entre certains programmes dispensés par l’institution scolaire et la réalité de l’entreprise est aussi un frein : « On a parfois un peu le sentiment de lutter contre l’Éducation nationale », regrette Baptiste Bonnivard.

Aujourd’hui, 150 développeurs de l’apprentissage sont déployés en Île-de-France, avec l’aide de la Région. Dans les CFA, ils partagent leur temps entre la prospection des entreprises et le placement des jeunes en contrat d’apprentissage. Les développeurs territoriaux s’adressent plus spécialement aux jeunes en missions locales. Les développeurs médiateurs ont, eux, pour mission de prévenir les ruptures de contrats d’apprentissage. Enfin, il existe des développeurs spécialisés dans les domaines du sport et de l’animation.

Points d'étapes

Pas échaudés pour autant, Laurent et Sylvie persévèrent. Par goût de la transmission de leur savoir-faire. Et parce que les besoins sont réels : « On a beaucoup de mal à recruter, admet Laurent. Et avec tous nos chantiers, je ne peux pas être toujours auprès des apprentis, ça complique les choses. » Pour Sylvie, en charge de la partie administrative et future tutrice de Marion, le quotidien sera plus serein : « Je serai là en permanence pour former Marion. Du courrier au bilan comptable, on verra tout. De mon côté, je vais aussi apprendre d’elle et un peu reprendre l’école, moi aussi ! » Visiblement à l’aise dans un environnement professionnel, Marion est ravie de commencer son apprentissage pour deux ans, en alternance entre l’école et l’entreprise, avec un salaire de départ de 715 euros brut. La jeune fille a apprécié le rôle de conseil du développeur de l’apprentissage : « Je n’avais pas encore d’entreprise quand j’ai rencontré Baptiste. Son aide a été précieuse pour formuler mon projet et le concrétiser. » Le suivi post-signature est tout aussi capital. Au moment de décapuchonner les stylos, Baptiste Bonnivard précise à tout le monde : « Courant novembre et au cours du premier trimestre 2015, nous vous proposerons une demi-journée pour faire le point. C’est important d’échanger régulièrement sur la façon dont ça se passe. » En attendant les points d’étapes, Marion paraphe son contrat sur un coin de son futur bureau. Sourire aux lèvres, Sylvie résume : « Si Marion est prête à apprendre, tout se passera bien. » « Je suis prête », répond la nouvelle recrue sans hésiter. Aux petits soins, toujours attentif à mettre de l’huile dans les rouages, Baptiste s’enquiert une dernière fois auprès du patron de PL BAT : « Tout est au clair de votre côté, vous avez des questions ? » RAS pour Laurent, l’esprit déjà tourné vers ses chantiers et sa préoccupation du moment : l’embauche d’un chef d’équipe.

Photo : © Ludovic Le Couster/Picturetank