16 mars 2015

Carnets d’adolescence à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris

L’écrivain Mathieu Simonet a mené une résidence dans les 37 hôpitaux de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris pour un travail d'écriture thérapeutique.

Une autobiographie collective à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris

L’adolescence. C’est le thème choisi par l’écrivain Mathieu Simonet pour sa résidence à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) en 2014, afin d’écrire une autobiographie collective. Sur les quelques 900 carnets envoyés dans les 37 hôpitaux de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, 200 sont revenus, peu ou intégralement remplis, tous décorés, remplis de souvenirs de plusieurs générations. Un travail de fourmi pour Claudie Guérin, coordinatrice des médiathèques de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, qui, en lien avec la direction des Patients, Usagers et Associations, a dû présenter le projet et l’auteur à toutes les structures de l’AP-HP. Des services aussi divers que la psychiatrie, la neurologie, la gériatrie ont participé au projet dans toute l’Île-de-France. « C’est la première expérience de ce type sur l’ensemble de l’AP-HP, il a fallu s’adapter en permanence », explique-t-elle, « quand certains patients ne pouvaient pas écrire, on les enregistrait par exemple ».

Souvenirs de la guerre, premières amours, amitié, famille, campagne, heures heureuses… Dans ces parcelles de vie confiées aux carnets s’entremêlent les destins individuels et l’Histoire. « C’était compliqué, parce qu’avec l’adolescence, on touche vraiment le domaine de l’intime », explique Hamida Bechkour, ergothérapeute dans le service psychiatrie adultes de la Pitié-Salpêtrière, qui a proposé à ses patients de participer. « Il a fallu un temps de réflexion pour que finalement cinq patients participent, et je les ai accompagnés tout au long du processus, pour éviter les moments d’angoisse ».

Un lien soignants-patients renforcé

Aurora Lahlou, gériatre à l’hôpital gériatrique Charles-Foix à Ivry-sur-Seine (94), un des 37 hôpitaux de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, a été très étonnée de la fluidité des souvenirs de ses patients, âgés de plus de 80 ans, souvent atteints de la maladie d’Alzheimer. « Quand je pense à tous ceux qui disent que la culture dans un service de gériatrie ça ne sert à rien… Pour mes patients, ça a été une sorte de révélateur, de ré-animation ! Quant aux soignants, ils ont eu tout à coup accès à une autre intimité de ceux qu’ils côtoient tous les jours, valorisant ce lien privilégié soignants-patients si souvent sous-estimé… Ce projet a renforcé tous les liens ! », raconte-t-elle avec enthousiasme.

Participation à la Nuit Blanche, lors de laquelle des carnets ont été suspendus aux arbres des jardins de la Salpêtrière et présentés aux visiteurs, concerts littéraires, réalisations de films, de photographies, de dessins… « Tout ce qui pouvait permettre aux patients de se sentir autre chose que malade a été rendu possible par ce projet », précise Lili Aquili, bibliothécaire à la Pitié-Salpêtrière, « le tout à l’initiative de quelqu’un d’extérieur, donc sans le regard du soignant : c’était très important ! »

« Grâce à cette expérience, j’ai moins pensé à mon cancer, cela m’a redonné du courage en pensant que j’étais encore utile à quelque chose. Et que j’existais encore », a confié un patient. Certains participants ont depuis quitté l’hôpital, mais continuent à écrire, et tous étaient très fiers du résultat. Un résultat qui a finalement dépassé les attentes de l’équipe qui a mis en œuvre le projet avec Mathieu Simonet ! « Les retours des patients ont été extrêmement positifs », confirme Aude Marlier-Sutter, responsable du pôle Culture et bien-être, à la direction des Patients, Usagers et Associations, « une douzaine d’hôpitaux de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris souhaitent renouveler l’expérience ».

Les carnets ont ensuite été confiés à des lycéens et des collégiens, invités à écrire un texte en écho à celui qu’ils avaient lu. Présenté en novembre dernier au MAC/VAL, le musée d’art contemporain du Val-de-Marne à Vitry-sur-Seine (94), le projet a trouvé un nouvel écho : un architecte a proposé d’intégrer le carnet d’un patient dans une maison particulière du Raincy (93), visible de tous depuis la rue. Les carnets sont disponibles sur le site web du projet, Carnet37.