19 juin 2015

Bernard Lapasset : « Nous avons travaillé durant deux ans pour préparer cette candidature »

Figure incontournable du rugby, Bernard Lapasset est à la tête d’Ambition olympique et paralympique, l’association qui porte ce projet. Il fait le point sur le dossier français et la démarche qui l’anime.

Bernard Lapasset, qu’est-ce qui a motivé votre engagement pour porter ce projet de candidature ?
Bernard Lapasset : Tout est parti d’une volonté de sortir le pays d’une forme de léthargie. Il faut donner un moteur à la France. Trouver ce qu’on peut donner de mieux, de plus fort. Et cela, le sport le permet.

Pour cette candidature, le mouvement sportif est au premier plan. Cela s’est-il fait naturellement ?
B. L. : C’était pour nous le premier défi, la condition sine qua non. Il faut dire les choses : parfois, lors de candidatures pré­cédentes, le mouvement sportif s’est senti marginalisé. Aujourd’hui, avec l’engagement de tous, nous sommes armés pour porter cette candidature et pour gagner. Car nous n’y allons pas avec l’envie de participer ou avec la volonté de se faire plaisir.

Comment les institutions ont-elles accueilli ce choix ?
B. L. : Chacun assume ses responsabilités et son rôle, apportant son savoir-faire, son expertise. C’est comme cela que la mécanique s’est mise en place. Ainsi, la Région Île-de-France a été un formidable moteur de méthodologie. Grâce au travail de ses équipes, nous ne sommes pas dans une vision, mais dans la mise en œuvre. Cela a permis de penser cette candidature au regard du plan en faveur des transports, de réfléchir sur la place des équipements périphériques. Enfin, nous savons tous que nous devons porter une ambition responsable, tenant compte des difficultés des Français, des Franciliens et des Parisiens.

Justement, quels sont les points forts, mais aussi les faiblesses de la candidature à ce stade ?
B. L. : Nous connaissons nos forces et nos faiblesses, mais désormais nous devons sortir d’une lecture franco-française. Nous avons travaillé durant deux ans pour préparer cette candidature. Maintenant, nous devons nous projeter et tenir compte des remarques des membres du CIO. Ne brûlons pas les étapes.

Vous avez le sentiment que cette étape n’avait pas été assez prise en considération lors de la précédente candidature de Paris ?
B. L. : Les erreurs du passé doivent nous éclairer. Elles contribueront ainsi à notre force. Et, oui, cette phase d’écoute qui est ouverte est essentielle.

On s’interroge parfois sur le devenir des équipements pensés pour les Jeux. Il y a des exemples fameux, mais aussi des contre-exemples retentissants…
B. L. : On ne peut plus construire un projet de candidature sans penser à l’héritage. Que laisseront les Jeux à une ville, à une région, à un pays ? Comment bâtir une ambition à l’échelle d’un territoire et d’une génération ? Ces questions sont au cœur de nos réflexions. Cette candidature ne se limite pas aux équipements et aux infrastructures. Elle nous interroge sur la façon de faire vivre le sport olympique avant les Jeux, pendant les Jeux et après les Jeux.

En janvier, une série d’attentats frappait le pays, la rédaction de Charlie Hebdo, la communauté juive. Comment vous, Bernard Lapasset, avez vécu cette épreuve ? A-t-elle ébranlé votre enthousiasme ?
B. L. : Sur le moment, face à une telle horreur, on est K-O. Et puis on se relève. J’ai puisé une énergie considérable dans la réponse collective apportée par le peuple français. On voit alors ce que signifie le courage, le partage, la liberté. Aller au bout de soi-même, porter, en toutes circonstances, le message de fraternité et de vivre ensemble : le sport, comme la culture, offre cette chance formidable.