15 juin 2016

Bac philo : les élues régionales ont planché !

Les 30.038 élèves franciliens du bac général ou technologique ont commencé à plancher ce matin avec l’épreuve de philosophie. Les sujets du bac philo ont été soumis à la vice-présidente de la Région chargée de l’Éducation et de la Culture, Agnès Evren, et aux membres du bureau de la commission Éducation du Conseil régional (1).

Agnès Evren, vice-présidente chargée de l’Éducation et de la Culture

1/ Que vous inspirent les sujets du bac philo (2) de cette année ?
Un sujet sur la morale, peut-être un peu difficile : « nos convictions morales », ce sont nos « valeurs ». À quelles valeurs morales doit-on se soumettre ? Celles des sociétés qui sont finalement relatives ou celles universelles qui les dépassent ?
Le sujet du bac philo sur le travail, « Travailler moins, est-ce vivre mieux ? » est un sujet un peu provocateur ! Deux conceptions de la société autour du travail : celle qui y voit l’illustration de son origine étymologique, tripalium : le travail serait une aliénation dont il faudrait se libérer ; celle qui voit le travail comme libérateur. Pour moi, aucune hésitation, l’effort permet le dépassement de soi !
« Faut-il démontrer pour savoir ? » : un sujet qui m’inspire moins... Il soulève la question de la vérité scientifique, de la valeur de la preuve en mathématiques et en sciences expérimentales.
Le sujet qui me paraît le plus difficile est « Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’Histoire ? » : la formulation donne l’impression d’une évidence. Je pense que j’aurais répondu que découvrir l’Histoire nous libère. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est l’Histoire.
Le sujet sur l’obéissance aux lois est un beau sujet sur la conscience… La première réponse qui me vient à l’esprit c’est que, bien sûr, il faut d’abord obéir aux lois. Mais encore faut-il qu’elles soient justes…

2/ Quel sujet du bac philo auriez-vous choisi suivant la filière dans laquelle vous avez étudié ?
J’aurais choisi « Le désir est-il par nature illimité ? », car le désir c’est la vie ! C’est un beau sujet, ouvert. Désirer, c’est vivre ! C’est aussi un sujet sur l’équilibre et le bonheur. Vivre, c’est apprendre à distinguer les désirs nécessaires et ceux qui le sont moins. C’est aussi apprendre à les dompter pour être heureux. Mais, en même temps, Freud nous rappelle que la libido est la pulsion de vie par excellence. Alors, le désir est sans doute par nature illimité, mais comme l’homme ne l’est pas, il ne peut que composer entre la vie infinie et sa vie qui ne l’est pas.

3/ Vous souvenez-vous de votre sujet du bac philo ?
Je m’en souviens, comme si c’était hier : « Faut-il préférer la vérité qui dérange à l’illusion qui réconforte ? » J’étais scolarisée au lycée Pablo-Picasso à Fontenay-sous-Bois (94) et j’ai eu 14 sur 20 !


Béatrice Lecouturier, présidente de la commission Éducation 

1/ Que vous inspirent les sujets du bac philo (2) de cette année ?
En lisant les sujets du bac philo de cette année, je suis toujours frappée par la maturité de réflexion en philosophie que l’on demande à nos futurs bacheliers ! On dénigre souvent la qualité du baccalauréat. Ces sujets, d’une grande actualité, sont la preuve que l’on forme des jeunes qui apprennent à penser, à avoir un jugement objectif par rapport à une situation, en ayant des repères qui fondent ce jugement.

Apprendre à se poser des questions, tenir un raisonnement construit pour former des individus libres, voilà ce que doit être la mission de l’Éducation nationale et de la philosophie, en particulier.
Mais j’imagine que ces sujets ont dû provoquer quelques sueurs froides ce matin…

2/ Lequel auriez-vous choisi ?
J’ai passé un baccalauréat série économie, donc ES. Je pense que j’aurais choisi « Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’Histoire ? » Les événements d’aujourd’hui, qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux, prennent toute leur signification et leurs racines dans l’histoire qui nous précède. Nous ne pouvons pas comprendre notre monde d’aujourd’hui sans connaître celui d’hier. 
Ce sujet du bac philo nous montre toute la force que doit avoir l’enseignement de l’Histoire pour accompagner nos jeunes. C’est notre colonne vertébrale dans un monde de plus en plus désarticulé.

3/ Vous souvenez-vous de votre sujet ?
J’avoue humblement n’avoir aucun souvenir de mon sujet ! Je me souviens avoir pris le commentaire de texte, épreuve moins périlleuse que le sujet de dissertation.
J’étais à l'époque élève de Terminale en province en 1983 au Lycée Saint-Joseph à Poitiers. Nous avions un professeur de philosophie aveugle qui venait en cours avec ses cours en braille, passionnant et très courageux, mais sa mission était bien ingrate d’affronter un auditoire d’élèves de 17 et 18 ans. Il nous a emmenés vers le bac philo avec détermination et j’ai décroché un 13/20, ce qui m’a étonnée la première !


(1) Ont été sollicitées : Agnès Evren, vice-présidente chargée de l’Éducation et de la Culture (LR), Béatrice Lecouturier, présidente de la commission Éducation (CD), Anne Messier, vice-présidente de la commission Éducation (LR) et Bénédicte Monville-De Cecco, secrétaire de la commission Education (EELVA)

(2) Les sujets philo du bac 2016 :

 Série L
- Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ?
- Le désir est-il par nature illimité ?

Série S
- Travailler moins, est-ce vivre mieux ?
- Faut-il démontrer pour savoir ?

Série ES
- Savons-nous toujours ce que nous désirons ?
- Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’Histoire ?

Série technologique
- Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ?
- Pouvons-nous toujours justifier nos croyances ?