17 juin 2015

Athlétisme handisport : sept sportifs viennent à la rencontre d'élèves de Montreuil

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Crédit photo : Florence Joubert / Picturetank

Depuis 2004, les Ambassadeurs du sport francilien et de l’olympisme vont à la rencontre des scolaires pour leur transmettre les valeurs de l'olympisme et leur faire part de leur expérience. Ce mardi 9 juin 2015, les élèves du collège-lycée Henri Matisse de Montreuil (93) ont été initiés à l'athlétisme handisport. Reportage.

Une volonté de changer le regard sur l'athlétisme handisport 

« Lorsque je vais à la rencontre des jeunes, je constate qu’à chaque fois que l’on commence à parler de sport, ils sont intéressés. Leurs yeux brillent quand j’évoque la manière de pratiquer l’escrime handisport, les médailles que j’ai obtenues, mon parcours. » Robert Citerne fait partie des premiers Ambassadeurs du sport de la Région Île-de-France. Depuis plus de 10 ans, cet escrimeur handisport – qui s’est forgé un des palmarès les plus importants avec 10 médailles olympiques dont une en or aux Jeux paralympiques de Séoul – communique quelques principes fondamentaux du sport et de l'athlétisme handisport, tels que la solidarité, le dépassement de soi, la discipline et le respect des autres.

Aujourd’hui, il est l'un des sept sportifs venus initier les élèves de cinquième à l'athlétisme handisport. La démarche, lancée par Frédérick Mansour professeur d’EPS du collège-lycée Henri Matisse de Montreuil (93), est née d’une « volonté de travailler sur le regard auprès des personnes handicapées, à travers des rencontres, des démonstrations » appuyée par les élèves de seconde qui pilotent les entretiens collectifs entres athlètes et collégiens ainsi que les initiations au céci-foot (football pour les non-voyants), escrime handisport, torball, course de fauteuil…
 

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Une curiosité et un investissement réels de la part des élèves 

Si le handisport est inconnu pour la plupart des élèves, tous sont curieux de se mettre à la place des personnes invalides et ils font preuve d’une curiosité remarquable. Lors des entretiens dans les salles de classe aménagées pour l’occasion en mini-salles de conférence, les questions fusent : « Depuis combien de temps pratiquez-vous le handisport ? », « Quel est votre rythme d’entraînement », « Comment faites-vous pour vous protéger ? ». Pendant ces échanges, d’autres collégiens participent activement aux initiations et n’hésitent pas à se mettre dans les conditions d’un athlète handisport.

« Le fait d’essayer les disciplines dans les conditions réelles, ça nous permet de comprendre ce qu’ils ressentent, d’imaginer concrètement ce qui change », raconte Alixe, 12 ans, en cinquième.

Naturellement, la complicité se crée entre élèves et ambassadeurs : les lycéens accompagnent les athlètes d'un stand à l'autre, expliquent les règles aux collégiens, sous l’œil bienveillant du professeur d’EPS : « Les Ambassadeurs du sport amènent leur expérience et leur vécu, ils enseignent leur technique aux élèves et véhiculent les valeurs de respect. » Lors des ateliers de démonstrations, les lycéens en profitent pour sensibiliser les élèves de cinquième et semblent déjà bien en phase avec l’esprit du dispositif comme le montre Nicolas, 16 ans : « Le handisport, c’est un sport comme un autre. Un match de céci-foot, c’est aussi spectaculaire qu’un match de foot.»

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« S'adresser à ce public revient à s'adresser à la société de demain ! »

Mais pour mieux mesurer l’importance de ces rencontres, il faut également regarder du côté des Ambassadeurs du sport. « Travailler avec les établissements et les professeurs, c’est une garantie que le message va passer, que les élèves seront ouverts et à l’écoute, note Edgar Onezou, guide pour déficient visuel. S’adresser à ce public revient à s’adresser à la société de demain ! »

L’escrimeuse paralympique Sabrina Poignet (vice-championne du monde en 2006 et vice-championne d’Europe en 2011) renchérit sur l’importance de « montrer aux élèves que peu importe le handicap, on peut toujours faire des activités sportives ». Chacun leur tour, les athlètes impressionnent par le ton posé et lucide de leur discours.  «On veut montrer qu’il n’y a rien d’extraordinaire à pouvoir faire un 100 mètres en étant amputé d’une jambe ou sur un fauteuil. On dépasse seulement une barrière mentale qui nous dit ‘’t’as pas de bras, de jambe ou tu as perdu la vue, donc tu ne peux pas pratiquer de sport’’ », souligne Aladji Ba, sprinteur non voyant médaillé de bronze aux Jeux de Sidney et d’Athènes.

Le rôle des ambassadeurs est multiple : d'une part, ils créent des liens entre sport de proximité et de haut niveau, jeunes et athlètes. Ensuite, ils sont un des vecteurs de cohésion sociale nécessaire en Île-de-France, quand on sait qu’un Francilien sur deux pratique une activité sportive. Ils incarnent aussi un moyen de « démystifier le regard sur le handicap, de faire le pont entre les élèves valides et ceux en éventuelle situation de handicap, afin qu’ils puissent aller vers les disciplines sportives et ne pas s’isoler », explique Moez El Assine, escrimeur handisport.

Depuis 1960 et les 400 premiers athlètes à concourir aux Jeux paralympiques d’hiver en Suède, la discipline s’est peu à peu développée (actuellement, 4700 athlètes participent aux Jeux paralympiques), mais reste sous-médiatisée en France. À l’horizon des possibles Jeux olympiques et paralympiques 2024 dans l’Hexagone, le handisport devra prendre une dimension supplémentaire auprès du grand public pour s’imposer définitivement comme une discipline phare dans le monde.