7 avril 2015

Apprentissage : les clés d’une formation qui marche

Entretien avec Julie Noguez qui, après avoir été développeur de l’apprentissage, est devenue chef de projet au Cerfal, un réseau qui regroupe 950 formateurs et 3.500 jeunes sur 30 sites franciliens.

Quel rôle l'apprentissage joue-t-il dans l’accès à l’emploi des jeunes en Île-de-France ? 

Julie Noguez : C’est un tremplin. L’insertion dans l’emploi – une notion qui inclut CDI, CDD, intérim – se fait en trois à six mois pour l’apprentissage, contre environ un an en formation  classique.

Quel est l’intérêt, pour une entreprise, d’embaucher des apprentis ? 

J. N. : Ce sont pour elle, des personnes ressources utiles, qui vont l’aider immédiatement. Cela lui permet aussi de constituer un vivier de futurs collaborateurs. L’entreprise va former ses apprentis « sur mesure » à ses besoins. Mais ce n’est en aucun cas un CDD avant CDI : la notion de formation est primordiale.

Du côté des jeunes et de leurs familles, pourquoi passer par l'apprentissage ? 

J.N. : Ils ont l’opportunité d’obtenir un diplôme dans le cadre d’une formation gratuite et rémunérée. Les entreprises sont friandes de ces jeunes avec deux ans d’expérience professionnelle. Et puis, l'apprentissage est très adapté à des élèves qui veulent du terrain. Pour les familles, cela reste encore le parent pauvre, mais, dans l'apprentissage, il y a une forte sélection et des formations très diverses qui conduisent à l’emploi.

Quels sont les principaux freins dans le système de l'apprentissage que vous constatez sur le terrain ? 

J. N. : La situation économique et la difficulté de trouver des maîtres d'apprentissage dans les entreprises. Mais aussi le déficit de savoir-être des jeunes. Cela concerne la prise d’initiative, le rapport aux collaborateurs, à la hiérarchie. Du côté de la formation, les types de cours dispensés ne sont pas toujours adaptés aux besoins des entreprises. L’instabilité de la législation est une autre cause. Enfin, l’indispensable droit du travail pour les mineurs est parfois trop contraignant. 

Les avantages l’emportent tout de même ? 

J. N. : Largement ! Dans l'apprentissage, les intervenants viennent de la sphère professionnelle, on est en phase avec le monde de l’entreprise, et la pédagogie est innovante. Ainsi,  pour la première fois, nous expérimentons en ce moment le programme Booster (1), avec l’aide de la Région : 60 jeunes en  bac pro commerce sont épaulés pour trouver un contrat d’apprentissage avant la rentrée. On travaille avec des experts en relooking, des assistantes sociales, des professionnels du théâtre, des coachs pour le mental, etc. : chacun apporte son expertise.

Et, contrairement aux idées reçues, l'apprentissage, ce n’est pas que la restauration ou la mécanique ?

J. N. : Les formations vont du CAP au bac + 5 avec des diplômes de laborantins, d’ingénieurs, de responsables qualité, etc. L'apprentissage s’ouvre aussi de plus en plus à l’international : grâce à notre partenariat avec la Région, plus de 300 jeunes partent chaque année à l’étranger. Les centres de formation d’apprentis (CFA) peuvent aussi bénéficier de la charte Erasmus+, le successeur d’Erasmus. 

Quels sont les défis qui attendent l'apprentissage ? 

J. N. : Les diplômes et les contenus doivent s’adapter plus vite aux métiers de demain. Le défi technologique, lui, impose de maîtriser le numérique, dans tous les métiers. Par ailleurs, les jeunes seront de plus en plus amenés à être mobiles et à s’adapter, dans une logique de formation tout au long de la vie. Ultime défi : les CFA doivent continuer à former des citoyens. L’apprentissage a aussi une mission d’éducation. 

(1) Booster est l’une des initiatives du dispositif d’accès à l’apprentissage lancé par la Région, qui concerne 20.000 jeunes par an.