Agnès Morel

PME : du neuf grâce à l'Aide à l'innovation responsable

Début juillet, la Région récompensait trois sociétés pour leur démarche innovante. L'occasion de faire le point sur l'Aide à l'innovation responsable ou AIR.

Attribuée après expertise du Centre francilien de l’innovation (CFI), l’Aide à l’innovation responsable ou AIR soutient financièrement les petites et moyennes entreprises ayant un projet innovant en matière de produits, de services ou de procédés.

« Le jury examine les dossiers des entreprises candidates selon l’impact sociétal et économique de l’innovation présentée », explique Jean-Paul Planchou, vice-président en charge du développement économique et de l’innovation, qui met en avant « le critère de développement durable du projet ».

Recherche industrielle, développement, commercialisation… L’aide régionale peut intervenir à tous les stades et son montant atteindre 80.000 euros, avec une majoration possible de 20.000 euros.

Depuis sa mise en œuvre le 1er octobre 2009, l’AIR a déjà été attribuée à 161 projets d’entreprises pour un montant total de 11,3 milions d’euros.

Voici l'exemple de trois d'entre elles.

Endodiag : faciliter le dépistage de l’endométriose

« Alors qu’elle touche une  femme sur 10 en âge d’avoir des enfants, l’endométriose est une pathologie qui passe souvent inaperçue », explique Cécile Rual. Ingénieure biomédicale, elle fonde la société Endodiag début 2011 après avoir rencontré un médecin spécialiste de cette pathologie.

« En moyenne, poursuit-elle, il faut neuf ans pour détecter la présence d’endométriose : les symptômes consistent en de forts maux de ventre. Rien de caractéristique. Résultat, les médecins procèdent par élimination avant de soupçonner cette pathologie, dont le diagnostic est très difficile : jusqu’à présent, il se faisait uniquement par intervention chirurgicale », explique-t-elle. 

Pendant ces années, la maladie progresse, crée de nouvelles lésions dans l’abdomen (utérus, ovaires, vessie…) et fait reculer l’éventualité de mener à bien une grossesse. « Près de 40% des femmes deviennent infertiles. »

« Notre idée, reprend la fondatrice, consiste à proposer un kit de détection, utilisable en cabinet de ville. Il permettra d’effectuer un prélèvement sur les lésions, par voie naturelle, qui révélera la présence d’endométriose et en évaluera sa sévérité. Les patientes seront ensuite orientées vers un traitement hormonal ou chirurgical. »

L’Aide à l’innovation responsable lui a permis d’initier la première phase du projet : la mise au point du diagnostic, actuellement en cours de validation clinique dans plusieurs centres hospitaliers franciliens. Suivront une phase de développement industriel, puis des essais cliniques. « Si tout s’enchaîne bien , nous pourrons généraliser ce dépistage dès 2016-2017. » 

De quoi éveiller l’intérêt des sociétés pharmaceutiques ? À ce jour, seuls trois laboratoires de recherche travaillent sur ce sujet.

Montant de l'AIR : 100.000 euros.

Comelli : mettre au point un nouveau béton à partir de matériaux de démolition

Entreprise familiale née dans les années 1950, Comelli est spécialisée dans la production de matériaux en béton. Problème, « les matières premières sont de plus en plus chères », explique son codirigeant, Didier Comelli. « C’est le cas surtout des graviers : il y en a peu en Île-de-France et il faut les importer par voie fluviale. »

Comment préserver la compétitivité de la PME ? L’entrepreneur pense alors au recyclage de matériaux issus de la démolition.

Une solution qui ne présente que des avantages. Non seulement ce béton recyclé lui reviendrait « deux fois moins cher », mais les matières premières seraient pléthoriques :  « Tout chantier de démolition s’apparente à une carrière à ciel ouvert. » Sans compter qu’il peut tabler sur l’ouverture d’une norme permettant désormais d’utiliser des matériaux recyclés dans la production du béton prêt à l’emploi. 

Se pose toutefois la question de la composition de ce nouveau matériau… Car tout reste à faire. Dalles de parking, plancher de bâtiments… comment choisir les matériaux à recycler ? Quelles sont leurs caractéristiques mécaniques et chimiques ? Quel process de fabrication définir ? «  Quand il est concassé, un béton peut changer de nature et devenir poreux, ce qui oblige à appliquer ensuite des adjuvants chimiques », explique Didier Comelli.

Pour son étude, il a heureusement bénéficié de l’accompagnement du CFI ainsi que du support du Centre d’études et de recherches de l’industrie du béton, le Cerib. « Il est plus complexe de travailler à partir de matériaux recyclés que de matières premières dites naturelles », résume-t-il.

Montant de l'AIR : 80.000 euros.

Hésus : Soldating.fr, un réseau social destiné aux entreprises du BTP

Fondée en 2008 par Pierre Cazeneuve et son frère, la société Hésus emploie 12 personnes et connaît « une croissance à deux chiffres ».

Son créneau : l’évacuation de terres polluées des chantiers jusqu’aux centres de traitement, pour le compte des entreprises de travaux publics. Avec 200.000 tonnes transportées en 2012, la PME est leader dans son secteur.

Une réussite qui l’a incitée à élargir son offre aux « terres inertes », c'est-à-dire aux terres non polluées, dont le volume, sur les chantiers, est « 10 fois plus important » que celui des terres polluées.

« Pour s’en débarrasser, on les enfouissait jusque-là au sein d’anciennes carrières, explique le cofondateur, une solution qui coûtait très cher et qui ne les valorisait pas. »

« Pourquoi ne pas les réutiliser et mettre en relation les entreprises de travaux publics, qui, à un moment T, ont besoin d’évacuer ces terres ou bien d’en trouver pour remblayer un nouveau chantier ? », se demande-t-il, avant d'imaginer une plate-forme Web, qui fonctionnerait comme un réseau social B to B.

Les experts du CFI l’aident ensuite à valider un modèle économique (le transport des terres inertes sera payant) et l’AIR lui permet de choisir une technologie informatique. « Quel algorithme développer ? Quel outil serait le plus ergonomique pour les chefs de chantier ? Lancer un site Web, cela  n’est pas notre cœur de métier et nous avions besoin du conseil de spécialistes. »

Soldating.fr, aujourd’hui expérimenté par l’Agence des espaces verts (AEV) et l’entreprise Razel-Bec, sera commercialisé au printemps 2014.

Montant de l'AIR : 31.000 euros.

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