19 mai 2016

Addictions au lycée : la prévention et le diagnostic pour mieux prendre en charge

La Région vote un ensemble de mesures pour faire des lycées des lieux sans drogue ni addictions, grâce notamment à la prévention et au diagnostic.

Les jeux, l'alcool et le cannabis altèrent la vie scolaire des adolescents

La consommation de cannabis ne cesse d’augmenter depuis 2011 chez les jeunes de 17 ans. Les épisodes de beuveries effrénées (binge drinking) sont également en augmentation. Face à cette réalité, la Région a décidé de voter une série de mesures de diagnostic et de prévention pour faire des lycées des lieux sans drogue et sans addictions, une priorité car il s'agit non seulement d'un enjeu de santé publique, mais également d'un moyen de lutter contre le décrochage et l’échec scolaires.

Spécialiste des addictions chez les adolescents pour la Croix-Rouge française et la Fondation santé des étudiants de France, le docteur Olivier Phan reçoit régulièrement de jeunes patients et leurs familles. Ses consultations tournent toujours autour de trois axes : les effets des addictions sur la scolarité, sur le lien avec les amis, et sur les rapports familiaux. Et son constat est implacable : « Bien sûr, dès qu’il y a une consommation problématique, les jeux, l’alcool et le cannabis altèrent la vie scolaire de l’adolescent ! Le cannabis entraîne des troubles cognitifs et de la mémoire. L’alcool pose des problèmes évidents de concentration. Quant aux jeux vidéo, le temps passé sur les écrans se fait évidemment au détriment du temps pour étudier. » 
 

De la prévention au diagnostic

C’est dans ce contexte que la Région, pour pouvoir épauler efficacement les proviseurs et les communautés éducatives, va demander à chacun des lycées franciliens d’établir un diagnostic sur sa situation au regard de la consommation de substances addictives (drogue, alcool). Ce diagnostic portera également sur l’environnement de l’établissement afin d’identifier les éventuels trafics de drogues autour de celui-ci. Les lycées pourront s’appuyer sur les associations soutenues par la Région et reconnues en ce domaine. La Région Île-de-France financera des tests de dépistage salivaires et/ou des éthylotests, à condition que les conseils d’administration des établissements qui le souhaitent délibèrent en ce sens. Leurs résultats, couverts par le secret médical, ne seront transmis qu’au lycéen majeur, ou à ses parents s’il est mineur. Le proviseur ne recevra aucun résultat individuel, et seul un bilan global lui sera remis. En fonction de ces résultats, la Région pourra financer des actions de prévention spécifiques et adaptées à la situation de l’établissement.

De son côté, le Dr Phan mène déjà avec la Croix-Rouge des actions de sensibilisation dans les lycées. « Nous avons créé un manga sur le cannabis, Kusa, qui permet d’ouvrir la discussion avec les élèves et de repérer de façon précoce les jeunes “à risques”. Les trois séances organisées sont autant de ressources permettant aux lycéens de parler de leur consommation, et de comprendre qu’ils peuvent gérer leurs émotions autrement qu’à travers un produit. Quand on fume du cannabis, tout peut sembler moins grave et on désapprend à faire face et à surmonter certaines émotions, comme la tristesse, la colère… Le but n’est évidemment pas de stigmatiser ou de dire que “c’est pas bien”, mais bien de donner aux ados des moyens de faire autrement qu’en fumant des joints. »

« C’est sur les consommations problématiques qu’il faut agir », insiste le docteur Olivier Phan. En tant que médecin, il fait la distinction entre un lycéen qui sera tenté de fumer un joint une fois avec ses copains ou de boire un verre dans le cercle familial, et celui qui consomme plusieurs fois par semaine. De plus, « le cannabis est connu pour être un accélérateur de pathologies psychiatriques, comme la schizophrénie ou les troubles dépressifs. » D’où l’importance d’une des mesures régionales : former les personnels des lycées et mettre en place dans chaque établissement un référent « addiction », afin de mieux repérer et accompagner les élèves en tant qu'acte de prévention,

Plus d'infos : « Les drogues à 17 ans », étude ESCAPAD 2014