Interview de Victor Silberfeld - Conseil régional d'Île-de-France 
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Jeunes

Interview de Victor Silberfeld

La ligne Jeunes violences écoute reçoit plus de 20.000 appels par an. Entretien avec le responsable du dispositif.



Comment la plate-forme téléphonique fonctionne-t-elle ?


La ligne Jeunes violences écoute est ouverte tous les jours, 365 jours par an de 8 h à 23 h. Une équipe de 20 écoutants, tous professionnels, se relaient pour prendre en charge les appels. Psychologues, juristes, travailleurs sociaux, conseillers scolaires : la multiplicité des compétences et des personnalités constitue la richesse de l’équipe, et lui permet de traiter l’ensemble des problématiques liées aux situations de violence. Le cas échéant, les appels peuvent être transférés d’un écoutant à l’autre en fonction de sa spécialité initiale. Chaque personne de l’équipe étant bien sûr à même de fournir écoute, information et orientation.


Précisément, quelles sont les missions principales des écoutants au quotidien ?

Tout d’abord l’écoute. La vocation de la ligne Jeunes violences écoute est en effet de briser la loi du silence qui entoure généralement la violence, en rendant plus facile l’accès à des professionnels : le téléphone constitue clairement une porte que les jeunes hésitent moins à pousser, et qui leur permet de mettre de côté leur éventuelle réserve à dire qu’ils ont été victimes.

On constate que les appels concernent rarement uniquement une demande d’information de type « comment puis-je faire pour porter plainte ? ». Au fil de l’entretien, à force d’écoute, les appelants relatent leur histoire et d’autres problématiques et/ou interrogations surgissent.
Il s’agit ensuite de trouver dans l’entourage de la personne qui appelle, un interlocuteur à qui elle pourra parler de la violence qu’elle subit ou qu’elle a subie.

Evidemment, notre rôle est également - et surtout - d’orienter la victime vers les services adaptés à sa situation : police, hôpital, mais aussi autres réseaux d’aide (enfance maltraitée, suicide…) et structures de proximité.


Qui appelle la ligne Jeunes violences écoute ?

Nous avons reçu cette année 21.436 appels. Avec une particularité : depuis l’année dernière, nous recevons plus d’appels émanant d’adultes que de jeunes (la proportion, pour l’année scolaire 2006 – 2007 est de 62 % d’adultes contre 38 % de jeunes). Une autre évolution que nous avons constatée et encouragée ces dernières années, réside dans le fait que l’on ne traite plus seulement de violence scolaire, mais bien de toutes les formes de violences auxquelles est confrontée la population des jeunes (adolescents), à l’école ou non.

34% des personnes appellent en tant que victimes, y compris des adultes qui subissent des violences de la part de leurs enfants. Les proches des victimes (parents le plus souvent) représentent un quart des appels, 5 % émanent de témoins de faits de violence. Le reste des communications est réparti entre des auteurs de violence (pas plus de 3 %), des jeunes à la fois victimes et auteurs, qui souhaitent sortir du cercle vicieux dans lequel ils se sont enfermés et enfin des personnes qui évoluent dans un environnement violent sans être eux-mêmes ni victimes, ni auteurs.


Quelles sont les formes de violence qui vous sont le plus souvent rapportées ?

La violence physique, les coups, les bagarres constituent à 43 % la raison de l’appel. La proportion des appels en relation avec des violences verbales n’a jamais cessé d’augmenter, et atteint aujourd’hui 22 %. Il s’agit d’insultes, de menaces, de mots parfois finalement pas très graves en soi, mais associés à des cris ou à une attitude menaçante. Les violences sexuelles constituent à 13 % l’objet de l’appel, avec 5,5 % de viols. La quasi-totalité des appels de cette nature sont passés par des filles qui subissent des agressions sexuelles de la part de jeunes hommes qu’elles connaissent via l’environnement scolaire ou familial. Enfin, le harcèlement, c’est-à-dire la violence au quotidien sous forme de brimades, de moqueries, d’humiliations, constitue un motif d’appel fréquent.


Diriez-vous que les jeunes connaissent aujourd’hui une période particulièrement violente ?

Non. Je pense que ce sont les modes de communication eux-mêmes qui changent et deviennent de plus en plus violents. À mon sens, il ne s’agit pas d’une « mode » ou d’une « période », mais bien d’une évolution de la société. Enfin, je dirais que la violence est malheureusement un phénomène auquel les jeunes s’habituent… nous le constatons tous les jours.



 




 
Article publié le 16 novembre 2007


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