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Tourisme
Locomotive du tourisme dans le sud-est francilien, le château de Fontainebleau mobilise les grandes figures historiques pour cette saison.
« Ici, on a plutôt des problèmes de riches ! » Président de l’établissement public du château de Fontainebleau, Jean-François Hébert sourit tout en reconnaissant que son « problème de riches » ne sera pas simple à résoudre. Car si Fontainebleau se cherche encore une identité, c’est qu’ici, on doit gérer pas moins de huit siècles d’histoire qui défilent dans le château le plus meublé d’Europe, avec quelque 16.000 meubles, bronzes, armes, tableaux, tapis, collections extrême-orientales et autres porcelaines de Sèvres. Rien à voir avec Versailles, construit par un Louis XIV traumatisé par la Fronde et déserté dès 1789, quand la famille royale est priée de quitter les lieux pour Paris.
Comment résumer Fontainebleau, comment enfermer dans un simple slogan ce site incroyable, théâtre de tant d’événements (la naissance de Philippe le Bel, la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV, le mariage de Louis XV, les Adieux de Napoléon avant son exil pour l’île d’Elbe…) et concentré de multiples influences architecturales : quelques éléments médiévaux qui demeurent, une partie Renaissance due à François 1er à son retour d’Italie, les agrandissements décidés par Henri IV, l’escalier en fer-à -cheval réalisé sous Louis XIII, des décors engagés sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, le remeublement voulu par Napoléon 1er à l’occasion de la venue du pape, les salons aménagés à la demande de Napoléon III et d’Eugénie. Et pour assumer cet héritage si lourd, Fontainebleau n’a pas les moyens de Versailles : 114 personnes travaillent ici, contre plus de 1.000 au palais du Roi Soleil ! Autant dire que certaines pièces, éblouissantes, comme la galerie des cerfs, ne peuvent être intégrées au circuit des visites, tant elles nécessiteraient de nouveaux moyens humains et matériels.
Le château en chiffres…
346 384 visiteurs au château en 2009, et, au total, 13 millions de visiteurs dans le château, les parcs et la forêt de Fontainebleau,
130 hectares de parcs et jardins,
15 salles occupées par le musée Napoléon-1er,
43 têtes de cerfs décorent les murs de la galerie des cerfs, longue de 74 mètres.
Redorer le blason de Fontainebleau, un beau pari, une noble mission, mais un sacré défi… Ce printemps, alors que le château se remettait à peine d’une bien terne saison 2009 – avec une chute de la fréquentation de près de 10% - le verdict ministériel est tombé : la Maison de l’Histoire de France, grand projet du quinquennat de Nicolas Sarkozy, n’atterrira pas ici… Pas de quoi décourager Jean-François Hébert qui, bon prince, commente : « Même si cette décision est un coup dur, l’argument du ministre de la Culture est un bel hommage. C’est vrai, Fontainebleau est très marqué par l’histoire de la royauté, et il est sans doute préférable de trouver un lieu moins chargé, qui n’écrasera pas le futur musée. » Habitué aux adieux, Fontainebleau tire donc un trait sur le projet présidentiel et change son fusil d’épaule. Les deux « quartiers », dont celui des offices, un temps envisagés pour accueillir le musée de l’Histoire de France, pourraient devenir une résidence hôtelière très haut de gamme et un espace de congrès, confortant un pôle touristique en pleine renaissance.
Pour l’heure, il faut effacer la baisse de 2009. Les grandes figures sont mobilisées. En novembre prochain, une exposition Henri IV devrait booster l’arrière-saison. En attendant, Napoléon, qui a tant donné à l’histoire du château, est mis à contribution. Il faut dire qu’il reste incontestablement le personnage historique le plus connu dans le monde : « dans la boutique, tous les objets qui sont liés à lui rencontrent un succès immédiat auprès des étrangers », confirme Jean-François Hébert. La clientèle russe, pas revancharde, est la plus friande de tels souvenirs… Russes, mais aussi Asiatiques, Britanniques : les étrangers constituent ici plus de 60 % des bataillons touristiques. Du coup, on les bichonne tout particulièrement. Mais lorsqu’un nuage vient perturber le tourisme mondial, Fontainebleau est à la peine, comme ce printemps, avec les perturbations aériennes liées au volcan islandais.
C’est aussi pour cela que le château veut partir à la conquête des Franciliens. Cet été, deux semaines d’affichage dans le métro ont été programmées pour capter le regard des Parisiens, leur rappelant au passage que Fontainebleau n’est qu’à 35 minutes de la gare de Lyon. « Notre grande force, c’est que beaucoup de gens n’ont jamais mis les pieds dans le château, reconnaît Jean-François Hébert, bien décidé à faire de ce handicap un atout. Ici, le plaisir de la découverte est intact. » Le site mise aussi sur son environnement immédiat : « La ville est très agréable, c’est un véritable pôle d’attraction. À Fontainebleau, il y a une vie après 18 heures !», lâche le président de l’établissement public.
Mettre en avant des richesses complémentaires : le message est également relayé au conseil régional, qui a fait de Fontainebleau le cœur du pôle de développement touristique sud Seine et Loing. A ce titre, la Région a financé des travaux de signalétique intérieure pour permettre aux visiteurs de mieux se repérer dans ce lieu, propriété de l’État. Et elle est également intervenue pour l’aménagement d’une salle dédiée aux richesses touristiques à proximité du château : la forêt, le château de Vaux-le-Vicomte, l’école de Barbizon et, à quelques kilomètres de là , Milly-la-Forêt, autre pôle de développement touristique régional. Cette mobilisation générale redonne confiance à Jean-François Hébert. « État et collectivités locales, tout le monde mesure aujourd’hui l’importance de la culture et du tourisme dans le développement d’un territoire. C’est désormais un acquis.» Il reste cent jours pour sauver la saison. Cent jours…
Rédaction : Pierre Chapdelaine. Photos : © Agence VU / Bertrand Desprez
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Article publié le 5 juillet 2010
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