Comment est née l’idée du film ?
Guyanais d'origine, habitant à la fois à Paris et à Cayenne, j'ai depuis longtemps mesuré la chance que nous avions en France et en Europe de posséder avec la Guyane l'une des dernières forêts primaires de la planète.
Il y a bientôt 15 ans que je m'intéresse aux saccages environnementaux engendrés par l'orpaillage (exploitation de l'or) illégal dans mon pays. Sur le plan médiatique, cette nouvelle ruée vers l'or au beau milieu de cette région française d'outre-mer, bien qu'ayant souvent défrayé la chronique locale, a été malheureusement très peu traitée au niveau de la presse nationale.
En télévision, sur les grandes chaînes hertziennes, on a eu droit à quelques reportages souvent superficiels, de qualités très inégales.
De ce fait, j'ai souvent pu constater que le grand public en métropole était très mal, voire pas du tout, informé de la situation.
Mon domaine d'expression étant le cinéma, l'intérêt était pour moi d'aborder le sujet à travers une fiction accordant une part importante à la défense de l'environnement.
Par le biais du divertissement, de l’émotion, de l’identification affective aux personnages, mon but était de sensibiliser autrement un large public par ailleurs de plus en plus conscient des enjeux universels de notre société.
Cet intérêt était intrinsèquement lié à une volonté de traitement singulier : faire un film initiatique dont le récit utilise les codes du film d’aventure. Les sentiments humains devaient néanmoins être à la base du récit, en être le moteur avant de prendre de la hauteur avec la question écologique. La forêt primaire guyanaise est un personnage à part entière de l’histoire. Elle est le théâtre d’événements qui participent à la renaissance sensorielle, psychologique et affective du protagoniste principal en quête d'identité. Cette forêt amazonienne, et la nature en général, représente notre identité de terrien. En la maltraitant de la sorte, voire en la sacrifiant, c'est notre existence même que nous mettons en péril.
Comment s’est déroulé le tournage, quelles difficultés – ou au contraire quelles agréables surprises - avez-vous rencontrées ?
Le tournage s'est dans l'ensemble bien déroulé. Étant du pays et ayant déjà tourné dans la région, j'avais une parfaite maîtrise du terrain. Les décors étaient repérés depuis longtemps, l'équipe logistique pouvait travailler sereinement.

Je dirais que les difficultés ont été principalement d'ordre économique et financier. C'est un premier film, sans acteurs stars "banquables" en tête d'affiche, il n'a malheureusement pas échappé à la triste règle du sous-financement.
Cela s'est traduit par un temps de tournage réduit qui ne m'a pas laissé de marge de manoeuvre alors que je tournais un road movie (ou river movie !) quasiment entièrement en lumière et en décor naturels. Le manque de jours de tournage oui a été mon principal souci. D'autant plus qu'à l'équateur, l'éphéméride vous dicte sa loi : 12 heures de jour, 12 heures de nuit !
Dans un sens comme dans l'autre, une fois les temps de préparation décomptés, vous n'avez aucune possibilité d'heures supplémentaires en cas de problème. En définitive nous n'avions pas droit à l'erreur et luttions constamment contre la chute (en jour) ou l'arrivée de la lumière (en nuit).
Comment le film a-t-il été accueilli ?
Le film était en compétition au dernier Festival du Film Francophone d'Angoulême fin août 2009. C'était la première projection publique de mon premier long-métrage.
Vous imaginez mon état de tension ? Pour mon grand plaisir l'accueil fut chaleureux. Les spectateurs ont été émus, touchés et/ou mal à l'aise, révoltés...
Ils avaient le sentiment d'avoir appris des choses tout en étant divertis... C'est principalement ce qui m'intéresse dans le cinéma.
Le film a également plu au jury professionnel qui nous a décerné le prix d'interprétation masculine de la compétition.
Donc je dois dire que le bilan de cette première présentation du film est tout à fait positif, un bel encouragement pour la suite...
À l'heure où je parle (fin septembre 2009), Orpailleur n'a pas encore été présenté en Guyane. La question de l'orpaillage illégal est plus que jamais d'actualité dans le département : un réseau de blanchiment "d'or sale" est parait-il en cours de démantèlement...Un fonctionnaire de la
Drire (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement, administration en charge des mines) a été arrêté pour corruption passive...
Le film à coup sûr devrait provoquer un vif débat. J'attends ce moment avec impatience.