Interview de Brigitte Roüan - Conseil régional d'Île-de-France
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Cinéma – audiovisuel

« Je me régale de voir des sujets qu’on connaît peu ou pas du tout. »

De Grèce, où elle tournait son prochain film, Brigitte Roüan est revenue révoltée par ce qu’elle y a vu et entendu. La compétition officielle du Fife, qu’elle préside, ne devrait pas la laisser indifférente.





Vous avez accepté de voir les quinze documentaires en compétition officielle au Fife et de présider le jury qui en distinguera trois d’entre eux. Pour quelles raisons ?

Il y en a une bonne et une mauvaise. J’ai d’abord beaucoup d’admiration pour les personnes qui font des documentaires, parce que c’est difficile de trouver la juste distance par rapport aux gens qu’on interviewe. Quand j’ai fait Cher pays de mon enfance, sur l’immigration, j’avais toujours peur de « violer » les gens, d’être abusive, peut-être par trouille ou pudibonderie. Il faut savoir où placer la caméra et faire entendre la voix des gens. L’autre raison, c’est que je suis dans les finitions de mon film. J’ai le nez dans le guidon, et je me régale de voir autre chose, surtout que ce sont des sujets qu’on connaît peu ou pas du tout.

Ce sont des sujets qui invitent l’homme à réfléchir à sa relation à l’environnement. D’après-vous, le cinéma peut-il faire évoluer les choses ?

C’est l’un des derniers bastions de résistance ! A condition que les films soient diffusés pour être vus. Quand ces sujets écologico-politiques sont bien exposés, il n’y a pas que des militants dans les salles de cinéma. Si j’avais fait un documentaire sur les sans-papiers à la place de Travaux, on sait quand ça commence…, j’aurais eu « dégun » (personne), comme on dit à Marseille. Avec une comédie, les gens entendent un peu les choses. Ma prochaine comédie (Tu honoreras ta mère) parle, entre autres, de la crise grecque. Par ce biais, on peut raconter toutes les interactions, et amener au cinéma les gens qui ne sont pas convaincus que quelque chose ne va pas. Il faudrait même montrer ces films dans les lycées, voire dans les collèges. Il n’est jamais trop tôt pour embarquer les gens.

Vous vous sentez l’âme d'une écolo ?

Mon rapport à l’environnement est une honte ! Là, je vous parle depuis Belle-Île, en Bretagne, dans une chambre qui a une vue incroyable. Hier je suis allée marcher dans la lande et évidemment, ce n’est pas le même air qu’à Paris. Je sens que mon corps a besoin de nature plus régulièrement et que je ne lui en donne pas assez. Après, j’ai des gestes écolos. Je trie mes déchets, je prends un bain une fois par semaine, pas plus. Depuis que je suis allée dans le désert, je ferme le robinet quand je me brosse les dents. En Bretagne, je me suis fait masser avec des ajoncs pour me donner du tonus. C’est local. A part une mangue par mois, je ne consomme des produits de saison qui n’ont pas fait plus de 60 km. Les grandes surfaces, avec leurs pommes toutes pareil sous emballage, ça me rend sourde et aveugle. Bien sûr, quand j’y vais avec ma famille, on me fait remarquer que c’est bien moins cher…

Votre engagement est avant tout social, comme le montre votre filmographie. Une partie de la programmation du Fife est également liée à ce thème. Qu’est-ce qui vous révolte le plus ?

C’est surtout le durcissement des lois sur l’immigration. Je fais partie d’un comité de cinéastes qui parrainent des filleuls sans-papiers. Avec mon équipe, on s’est battu jusque dans un centre de rétention pour qu’un Équatorien ne soit pas renvoyé chez lui. En Europe, la situation est aussi difficile. Quand j’étais en Grèce, j’ai vu la Bérézina, des gens défaits, qui allaient chercher les légumes déversés sur la place Syntagma, à Athènes. J’ai appris que l’Eglise orthodoxe était le plus grand propriétaire foncier du pays, que des armateurs ne payaient pas d’impôts dans le pays, que des fonctionnaires n’avaient pas été payés depuis quatre mois. Je n’ai qu’une envie : y retourner.

Y a-t-il un paradis sur Terre ?

Le Kerala, en Inde. C’est un des plus beaux voyages que j’ai fait : des heures et des heures de forêt qui défilaient derrière la fenêtre du train.

 

Biographie de Brigitte Rouan

 

Photo : Catherine Vincent




 
Article publié le 3 février 2012

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